Origine et histoire du Manoir de la Saucerie
Le manoir de la Saucerie, situé à Domfront en Poiraie dans l’Orne, est un vestige d’un ensemble fortifié datant des XIVe et XVIIe siècles. À l’origine, il appartenait à Robert le Saucier, bailli de Domfront et maître d’hôtel de la duchesse Aliénor d’Aquitaine, qui reçut ces terres en 1198. Un premier logis seigneurial fut édifié sur une motte fossoyée, donnant son nom au domaine. Ce site, stratégique dans l’ancien duché de Normandie, évolua au fil des siècles sous l’influence de familles nobles comme les Villaines et les Doynel.
Au XVe siècle, la famille Doynel transforma le domaine en un puissant château fort, doté d’un logis seigneurial, d’un corps de ferme et d’un châtelet d’entrée monumental en grès armoricain. Ce dernier, flanqué de tours rondes, présentait des éléments défensifs typiques (mâchicoulis, meurtrières, pont-levis) et fut partiellement reconstruit au XVIIe siècle dans un style à colombages normands, avec des toitures en carène de bateau renversée. Le logis, remanié à la Renaissance, fut détruit par un incendie en 1860.
À la Révolution, le manoir fut vendu comme bien national et partiellement démantelé. Racheté au XIXe siècle par les descendants des Doynel, il fut classé monument historique en 1955 pour son châtelet d’entrée, seul vestige des XVe–XVIe siècles. Aujourd’hui, il témoigne de l’architecture défensive médiévale et des transformations Renaissance, avec ses douves, ses échauguettes en pans de bois et son dôme à l’impériale. Le blason sculpté au-dessus de la porte et les traces des anciens pont-levis rappellent son passé seigneurial.
La poterne, datant probablement du XIVe siècle, était à l’origine couronnée de mâchicoulis et de crénelages, avant d’être surélevée au XVIIe siècle par des constructions en charpente et briques. Le site, bordé par l’Égrenne, illustre l’évolution des techniques de fortification et l’adaptation des manoirs normands aux époques successives, mêlant pierre médiévale et colombages Renaissance.
En 2021, le manoir a été cédé par Élyette Saint-Léger, descendante de la famille Doynel, marquant la fin d’une lignée liée à ce patrimoine depuis plus de huit siècles. Son histoire reflète les bouleversements politiques et architecturaux de la Normandie, de la féodalité à la Révolution, en passant par les transformations esthétiques de la Renaissance.