Origine et histoire du Manoir de la Tuderrière
Le manoir de la Tuderrière, situé à Apremont en Vendée, est un rare exemple d’architecture civile médiévale remaniée à la Renaissance. Perché sur une falaise de schiste, il conserve des éléments défensifs (fossés, remparts) et des aménagements domestiques (cheminées, latrines, chapelle) datant des XVe et XVIe siècles. Son histoire est marquée par des transformations stylistiques, notamment l’ajout d’un fronton Renaissance et de baies à meneaux à la fin du XVIe siècle.
Les origines du site remontent à l’époque gallo-romaine, avec des traces archéologiques attestées. Citée dès le XIe siècle comme forteresse, la Tuderrière appartient aux Quayrault (famille noble détentrice de terres en Vendée) jusqu’au XVIe siècle. En 1584, Gilbert de La Trémoille, seigneur d’Apremont, y installe Claude Dreux, qui entreprend des travaux pour moderniser le logis selon les canons renaissants. La propriété passe ensuite aux Durand (bourgeois anoblis), qui l’occupent jusqu’à la Révolution.
La chapelle, consacrée en 1530, joue un rôle religieux majeur jusqu’à la Guerre de Vendée, période durant laquelle son propriétaire, le prêtre réfractaire Jean Charles Durand, est condamné à mort en 1793. Le manoir, utilisé comme colonie de vacances puis exploitation agricole après 1945, est restauré entre 2010 et 2020 par Sonia Ceran et Boris Racaud. Leurs travaux, primés (Prix Mercure 2018), révèlent une charpente datée de 1590 et des éléments médiévaux (latrines, cheminées) confirmés par dendrochronologie (1390–1414).
Classé Monument Historique en 1984 et 2016, le manoir se distingue par son plan rectangulaire à deux ailes, son logis-porche médiéval (charpente bordelaise, têtes sculptées) et ses symboles énigmatiques (croix templières, motifs maçonniques). Les études récentes soulignent son caractère unique en Pays de la Loire : un ensemble civil médiéval complet, malgré des zones d’ombre sur sa conception initiale et son fonctionnement.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le site abrite des maquisards. Au XIXe siècle, il appartient à Léopold Surville, notaire et maire de La Roche-sur-Yon, dont un calvaire commémoratif subsiste. Les propriétaires successifs (Martin Decamp, Ruchaud, Strong) réalisent des rénovations sommaires avant sa restauration actuelle, qui restitue vitraux, enduits et structures d’origine.
Les analyses scientifiques (datation C14, relevés architecturaux) ont permis de dater précisément la construction du logis-porche (fin XIVe–début XVe siècle) et de confirmer sa restauration vers 1400. Le manoir, entouré de cours fermées, d’une fontaine voûtée et d’une caverne, illustre l’évolution des logis vendéens, entre héritage féodal et adaptations renaissantes.