Origine et histoire du Manoir de Mézedern
Le manoir de Mézedern, situé à Plougonven dans le Finistère, est un ensemble architectural organisé autour d’une cour quadrangulaire, datant principalement des XVe, XVIe et XVIIIe siècles. Classé monument historique en 1992, il se distingue par son logis-porche du XVIe siècle, sa chapelle du XVIIe, et une étable du début du XXe. Son histoire est étroitement liée à la famille Le Lagadec, seigneurs des lieux du XVe au XVIIIe siècle, dont Jehan Lagadec, auteur en 1464 du Catholicon, premier dictionnaire trilingue breton-français-latin, probablement rédigé dans ce manoir.
La propriété passe ensuite entre les mains de plusieurs familles, dont Le Rouge de Guerdavid (à partir de 1732), puis Raoul, Loz de Coatgourhant, et Coudre-Lacoudrais au XIXe siècle. Menacé de ruine au XXe siècle, le manoir est sauvé en 1992 par Jack Meyer, qui entreprend une restauration complète après son classement. Les travaux permettent de préserver ses éléments défensifs (tour hexagonale, meurtrières) et son caractère architectural unique en Bretagne, comme le logis-porche intégré, rare dans la région.
Le Catholicon, imprimé pour la première fois en 1499 à Tréguier, reste l’œuvre majeure associée au manoir. Bien que le lieu exact de sa rédaction ne soit pas prouvé, Jehan Lagadec, bachelier ès arts et décrets, y évoque son attachement à Plougonven dans la préface. En 2014, le manoir célèbre les 550 ans de l’ouvrage, soulignant son rôle dans l’histoire culturelle bretonne. Après la mort de Jack Meyer en 2015, le domaine est revendu en 2020.
L’architecture du manoir reflète son évolution : logis principal du XVe siècle, communs des XVIe et XVIIIe siècles, et une chapelle dédiée à saint Nicolas, construite hors de l’enceinte au XVIIe. Le classement de 1992 protège l’ensemble des bâtiments, y compris la chapelle. Les propriétaires Meyer ont également meublé les intérieurs et exposé des collections d’objets anciens, redonnant vie à ce patrimoine.
Dans la culture, le manoir inspire l’écrivain Xavier Grall, qui le décrit en 1983 dans Et parlez-moi de la terre comme un « joyau de l’architecture bretonne », symbole de l’âge d’or et du déclin de la Bretagne. Grall évoque sa cour carrée, son puits ancien, et son atmosphère mélancolique, contrastant avec les fastes de Versailles. Le site, aujourd’hui privé, reste un témoignage exceptionnel de l’histoire seigneuriale et intellectuelle de la région.