Origine et histoire du Manoir de Mézedern
Le manoir de Mézédern, situé à Plougonven dans le Finistère, s’organise autour d’une cour quadrangulaire et réunit des bâtiments principalement des XVe, XVIe et XVIIIe siècles. Classé au titre des monuments historiques par arrêté du 31 août 1992, il a fait l’objet d’une restauration entreprise à partir de 1992 par Jack et Pierrette Meyer, propriétaires de 1992 à 2015.
Le site appartint à la famille Le Lagadec du XVe au XVIIIe siècle ; Even Le Lagadec est seigneur du lieu en 1443. Son frère cadet, Jehan Lagadec, prêtre breton, est l’auteur du Catholicon, incunable imprimé pour la première fois en 1499 à Tréguier ; ce dictionnaire trilingue, considéré comme le premier dictionnaire breton et l’un des premiers dictionnaires français, aurait été rédigé en 1464 au manoir de Mézédern. Dans le préambule de son ouvrage, Jehan Lagadeuc écrit : « Moi, Jehan Lagadeuc, de la paroisse de Ploégonven... j'ai composé ce petit ouvrage pour l'utilité des petits clercs pauvres de Bretagne ou encore des illettrés en latin. » Par la suite, la propriété passa à d’autres familles, parmi lesquelles les Le Rouge de Guerdavid (certifiés à partir de 1732), puis les familles Raoul, de Plougonven, Loz de Coatgourhant (an X), Coudre-Lacoudrais (1841), Bivillon et Daffniet (1858) et enfin Elléouet. Le manoir, qui menaçait ruine, fut sauvé par l’achat réalisé en 1992 par Jack Meyer ; après son décès en 2015, la propriété a été remise en vente et revendue en 2020. En 2014, le manoir a accueilli une commémoration des 550 ans attribués à la rédaction du Catholicon, même si l’origine exacte du texte n’est pas définitivement établie.
Architecturalement, le manoir conserve autour de sa cour un logis principal du XVe siècle à l’ouest, un logis‑porche daté de 1558 avec tour‑pigeonnier du XVIe siècle à l’est, deux communs au sud datés des XVIe et XVIIIe siècles, ainsi qu’une étable du début du XXe siècle accolée au logis‑porche au nord‑ouest ; une remise appuyée au pignon nord du logis principal est également contemporaine de cette époque. À l’extérieur, au nord‑est, se trouve une chapelle du XVIIe siècle autrefois dédiée à saint Nicolas, et non loin subsistent les ruines d’un moulin et un étang. Le logis‑porche, intégré au corps de bâtiment et doté d’un double portail surmonté d’un écu daté de 1553 timbré d’un heaume à lambrequins et soutenu par des lions, est une caractéristique rare parmi les manoirs bretons ; une grosse tour hexagonale percée de meurtrières rappelle également le passé défensif du lieu, et il a existé un corps de garde. Le classement de 1992 porte sur l’ensemble des bâtiments autour de la cour ainsi que sur la chapelle construite à l’extérieur de cet ensemble.
Le manoir a inspiré des auteurs : le poète Xavier Grall l’évoque sous le nom de « Mezerden » dans Et parlez‑moi de la terre (1983), le qualifiant de « très pur joyau de l'architecture bretonne ». Pendant la restauration, les propriétaires ont meublé plusieurs pièces et y ont exposé des collections d’objets anciens.