Origine et histoire du Manoir de Qui-Qu'en-Grogne
Le manoir de Qui-Qu'en-Grogne, aussi appelé manoir de Boisboissel ou hôtel de Maillé, est un édifice emblématique de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d'Armor. Construit au XVIe siècle, il porte les traces de plusieurs familles nobles bretonnes, dont les Boisboissel, les Bréhant de l'Isle et les Maillé. Son nom insolite, Qui-Qu'en-Grogne, proviendrait d'une réplique d'Arthur de Bretagne, connétable de Richemont, lors d'une visite en 1406 pour réprimer des révoltes fiscales. Le manoir, initialement lié à la seigneurie épiscopale, fut le théâtre de conflits comme celui opposant Pierre de Boisboissel à Henry de Plédran en 1353, aboutissant à l'incendie partiel de la forteresse voisine.
Le monument changea plusieurs fois de mains par alliances ou ventes, passant des Boisboissel aux du Rouvre (XIVe siècle), puis aux Bréhant de l'Isle (XVIe siècle) avant d'être acquis par les Maillé au XVIIIe siècle. En 1795, confisqué pendant la Révolution, il fut acheté par Jean-François-Pierre Poulain de Corbion, ancien maire de Saint-Brieuc et figure républicaine, exécuté par les Chouans en 1799. Au XIXe siècle, il devint palais épiscopal (1825-1905) avant d'abriter la Direction départementale de l'Équipement. Son architecture combine une tour du XVe siècle, des escaliers en pierre, et des décors intérieurs enrichis par les évêques, comme les tapisseries des Gobelins.
L'origine des noms successifs du manoir reflète son histoire mouvementée. Boisboissel rappelle la famille fondatrice, tandis que Maillé, Beauvoir ou du Parc évoquent ses propriétaires ultérieurs. La tour Saint-Esprit, classée en 1926, et les façades protégées témoignent de son importance patrimoniale. Le parc, autrefois ouvert au public, fut divisé entre l'évêché et la préfecture après la Révolution. Aujourd'hui, le manoir incarne à la fois l'héritage aristocratique breton et les transformations politiques de la France, de l'Ancien Régime à la Troisième République.