Manoir de Qui-Qu'en-Grogne à Saint-Brieuc en Côtes-d'Armor

Patrimoine classé Demeure seigneuriale Manoir

Manoir de Qui-Qu'en-Grogne

  • 3 Place du Général-de-Gaulle
  • 22000 Saint-Brieuc
Crédit photo : Yfig - Sous licence Creative Commons
Propriété du département

Frise chronologique

Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1353
Conflit familial
7 décembre 1354
Règlement du conflit
1364
Mort de Pierre
7 juillet 1583
Mariage et transmission
1592
Pillage du manoir
1794
Vente révolutionnaire
2 octobre 1799
Exécution de Poulain
29 décembre 1824
Acquisition pour l'évêque
11 janvier 1825
Vente au préfet
1838
Décoration intérieure
1905
Changement de fonction
20 janvier 1926
Inscription historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Les façade et toitures (cad. AT 49) : inscription par arrêté du 24 avril 1926

Personnages clés

Arthur de Bretagne Connétable de Richemont, à l'origine du nom Quicangroigne.
Pierre de Boisboissel Seigneur de Boisboissel, mort à la bataille d'Auray en 1364.
Bertrand Du Guesclin Chef militaire sous les ordres duquel Pierre de Boisboissel a combattu.
Charles de Blois Régleur du différend entre Pierre de Boisboissel et Henry de Plédran.
Jean de Bréhant de l'Isle Époux de Jacquette du Rouvre, transmettant la seigneurie à sa famille.
Madeleine-Angélique de Bréhant de l'Isle Héritière de la propriété à la fin du XVIIIe siècle.
Charles-René de Maillé de La Tour-Landry Époux de Madeleine-Angélique de Bréhant de l'Isle, vendant le domaine avant la Révolution.
Jean-François-Pierre Poulain de Corbion Ancien maire et membre de la Constituante, exécuté par les Chouans.
Paul Zénobe Louis Marie Frotier de Bagneux Préfet des Côtes-du-Nord, acquéreur du manoir en 1825.
Jacques-Jean-Pierre Le Mée Évêque ayant fait réparer le manoir et y ayant conservé une galerie d'évêques.
Mathias Le Groing de La Romagère Évêque ayant commandé la décoration du manoir à Raphaël Donguy.
Raphaël Donguy Artiste ayant décoré le manoir en 1839.

Origine et histoire du Manoir de Qui-Qu'en-Grogne

Le manoir de Qui-Qu'en-Grogne, aussi appelé manoir de Boisboissel, hôtel de Maillé, hôtel de Beauvoir ou hôtel du Parc, est un édifice de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) inscrit dans sa totalité aux monuments historiques. Il se situe au 3, place du Général de Gaulle à Saint-Brieuc. Plusieurs des noms attribués à la demeure proviennent de familles alliées aux Bréhant de l'Isle, eux-mêmes considérés comme une branche de la maison de Bréhan, notamment les familles du Parc, Maillé, Beauvoir et Boisboissel. La dénomination Quicangroigne serait liée à une exclamation d'Arthur de Bretagne, connétable de Richemont, lors de sa venue en 1406 à la demande de son frère Jean V de Bretagne pour réprimer des rébellions fiscales. Les seigneurs de Boisboissel, anciens prévôts féodés et héréditaires de l'évêque de Saint-Brieuc, appartenaient à l'ancienne chevalerie bretonne ; la seigneurie passa par alliance à la maison du Rouvre au XIVe siècle, puis à celle de Bréhant de l'Isle au XVIe siècle, enfin à la famille Maillé. Pierre de Boisboissel mourut en 1364 à la bataille d'Auray sous les ordres de Bertrand Du Guesclin et fut inhumé dans l'église Saint-Michel de Saint-Brieuc ; sa statue, autrefois auprès de l'enfeu familial, a été détruite. En 1353 une querelle opposa Pierre de Boisboissel à Henry de Plédran après que l'évêque Guy de Montfort eut nommé ce dernier capitaine de la tour, du manoir et de la forteresse de Saint-Brieuc ; Pierre et ses partisans s'emparèrent des lieux, Plédran contre-attaqua et un incendie endommagea la tour, l'église et le manoir épiscopal ; Charles de Blois régla le différend par une injonction le 7 décembre 1354. N'ayant pas d'enfants, Pierre transmit la seigneurie à sa sœur, épouse d'Hélie du Rouvre ; elle passa ensuite le 7 juillet 1583 à la maison de Bréhant de l'Isle lors du mariage de Jacquette du Rouvre avec Jean de Bréhant de l'Isle. Le manoir fut pillé en 1592 pendant La Ligue et ses archives furent détruites. À la fin du XVIIIe siècle, Madeleine-Angélique de Bréhant de l'Isle (1750-1819) hérita de la propriété ; elle avait épousé le comte Charles-René de Maillé de La Tour-Landry, qui vendit le domaine à Georges Claude Hérisson de Beauvoir avant la Révolution. En 1795, Jean-François-Pierre Poulain de Corbion (1743-1799), ancien maire et membre de la Constituante, fut adjugataire de l'hôtel et du parc de Beauvoir, biens confisqués pendant la Révolution ; l'ensemble avait été expertisé et divisé en trois lots en 1794 mais vendu en un seul lot. Lors du combat de Saint-Brieuc le 2 octobre 1799, Poulain de Corbion, acculé par les Chouans, refusa d'appeler « Vive le roi » et s'écria « Vive la République » avant d'être exécuté ; une plaque commémorative a été apposée sur le mur de la cathédrale en juillet 1880. Après sa mort, sa fille Marie-Jeanne et son mari Mathurin-Sébastien Leduger-Fortmorel vendirent la propriété au comte Paul Zénobe Louis Marie Frotier de Bagneux (1783-1858), préfet des Côtes-du-Nord, selon un acte signé le 11 janvier 1825. Une ordonnance royale du 29 décembre 1824 autorisa l'acquisition de la « maison dite du Parc » et de ses dépendances pour servir de logement à l'évêque, la préfecture conservant une partie des jardins. Le manoir servit de palais épiscopal du 20 novembre 1825 à 1905 ; Mgr Jacques-Jean-Pierre Le Mée et ses successeurs en firent réparer les parties endommagées et y conservèrent une galerie d'évêques depuis le XVIIe siècle, comprenant notamment une Sainte Famille de Jouvenet. En 1838, Mgr Mathias Le Groing de La Romagère commanda la décoration à Raphaël Donguy, réalisée l'année suivante avec ors, lambris et stucs. Depuis 1905, le manoir abrite la Direction départementale de l'Équipement. Le bâtiment principal comprend des caves souterraines, un perron en pierre de taille et, au rez-de-chaussée, un vestibule donnant accès à une chambre, un couloir, une cuisine et un office à droite, et à gauche une grande salle communicante avec une seconde salle et deux cabinets à l'extrémité ouest ; un grand escalier en pierre mène au premier étage, composé de huit appartements sous des mansardes. Au sud s'ouvre une vaste cour avec sortie sur la place de la préfecture par un portail clos ; le manoir est entouré d'un parc de plusieurs hectares, aujourd'hui partagé entre l'évêché et la préfecture, et le grand escalier était orné de tapisseries des Gobelins. La tour du XVe siècle, dite tour du Saint-Esprit, flanque le bâtiment principal, conserve deux escaliers en pierre et a fait l'objet d'une inscription aux monuments historiques par arrêté du 20 janvier 1926.

Liens externes