Origine et histoire du Manoir de Saint-Quijeau
Le manoir de Saint-Quijeau, situé à Lanvénégen (Morbihan), est mentionné pour la première fois en 1426 comme propriété de la famille Du Reste, reçu en dot par Jehan Du Reste via son mariage avec une héritière du manoir de Diarnelez. Ce fief, initialement rattaché à Diarnelez (Le Faouët), passe aux Guégant au début du XVIIe siècle par alliance, comme en témoignent leurs armes sur les vitraux de l’église paroissiale. La seigneurie, endettée, est vendue aux enchères à la fin du XVIIe siècle et acquise par Thomas de Kervenozaël, avocat qui tente de la moderniser sans succès avant son décès en 1730.
En 1731, l’héritière Marie-Françoise de Kervenozaël épouse Louis Nicolas de Plœuc, parlementaire devenu marquis en 1734. Le couple transforme Saint-Quijeau en une exploitation agricole prospère (50 ha de pommiers pour le cidre, production de foin) et entreprend une rénovation architecturale majeure entre 1730 et 1750 : symétrisation des communs, reconstruction de la chapelle, ajout d’écuries et d’un double escalier en E. Les travaux s’interrompent en 1753 pour financer le château du Guilguiffin, autre propriété des Plœuc. À la Révolution, le manoir, confisqué comme bien national, est racheté en 1796 par Jeanne Thomase de Plœuc, mère du comte émigré Victor du Botdéru.
Le domaine change plusieurs fois de mains au XIXe siècle : vendu entre 1843 et 1845, il devient une ferme en 1855 sous Thomas Cadic. Classé monument historique en 1998 pour son corps de logis, ses communs et son portail armorié, le manoir fait l’objet depuis 2016 d’une restauration en anastylose, débutant par la chapelle. Son plan fermé typique (cour encadrée par le logis, les communs et une clôture) et ses jardins disparus en font un témoin des évolutions architecturales entre Moyen Âge et siècle des Lumières.
L’édifice conserve des traces de ses phases successives : la structure du XVe siècle, remaniée au XVIIIe pour adopter les canons classiques (perspectives, symétrie), et des dépendances comme l’écurie ou le four à pain. Les vitraux de l’église locale et les archives mentionnent les alliances familiales (Du Reste, Guégant, Kervénozaël, Plœuc) qui ont marqué son histoire, tandis que les murs des anciens jardins et le blason non identifié du portail rappellent son passé seigneurial.