Origine et histoire du Manoir de Tromeur
Le manoir de Tromeur, situé à Sérent dans le Morbihan, trouve ses origines au XVe siècle comme chef-lieu des seigneurs de Sérent, une famille de barons influente depuis le XIVe siècle. À l’origine, l’ensemble manorial s’organisait autour d’une tour carrée close de murs, incluant un petit manoir avec une tour d’escalier d’accès direct, un logis-porte, des communs, un colombier et un puits. Ce dispositif reflétait une organisation défensive et résidentielle typique des manoirs bretons de l’époque, avec un accès original à la salle par la tour d’escalier, contrairement aux usages locaux.
Au XVIIIe siècle, le manoir est acquis par la famille Collobel, des parlementaires rennais, qui entreprennent d’importants travaux. Le logis est agrandi vers le sud et le nord, les façades sont modernisées selon les goûts de l’époque, et les intérieurs sont dotés de lambris. Ces transformations, bien que simples, marquent une évolution vers un confort résidentiel plus marqué, tandis que le parc est réaménagé avec une entrée principale déplacée côté jardin. Un vestige notable de cette période est la tourelle hexagonale abritant un escalier, seule trace subsistante de l’édifice initial après les remaniements.
Au XIXe siècle, la distribution intérieure est profondément modifiée par l’ajout d’un escalier desservant la partie nord, divisant ainsi le manoir en deux espaces distincts. Des chambres sans caractère particulier sont alors aménagées côté sud. Le moulin attitré au manoir, aujourd’hui transformé, ainsi que la chapelle Sainte-Suzanne à Tréviet, dépendaient autrefois de la seigneurie. Le manoir, partiellement protégé depuis 2000 (façades, toitures, colombier, puits et cour pavée), témoigne ainsi de cinq siècles d’histoire, des seigneurs médiévaux aux familles parlementaires.
Les propriétaires successifs du manoir illustrent son importance stratégique et sociale. Parmi eux, la famille de Sérent, dont Jean de Sérent est inhumé dans l’église paroissiale sous un gisant de marbre blanc, ou les familles Delhoaye (1427), d’Avaugour (XVIe siècle), et Collobel (à partir de 1664). Ces changements de mains, souvent liés à des alliances ou des ventes, reflètent les dynamiques politiques et économiques de la Bretagne, depuis la féodalité jusqu’à la Révolution. La réformation de 1427 mentionne déjà le manoir comme un hébergement seigneurial, soulignant son ancrage ancien dans le paysage local.
Architecturalement, le manoir de Tromeur se distingue par des éléments défensifs comme les bancs de garde insérés dans le logis-porte, ou les corbeaux de la tour d’escalier évoquant des mâchicoulis disparus. Une porte haute murée, visible dans le parement, suggère l’existence passée d’une coursière en bois, similaire à celle du manoir du Vaugace. Ces détails, combinés aux transformations ultérieures, offrent un exemple représentatif de l’évolution des manoirs bretons, entre fonction militaire initiale et adaptation aux modes de vie des époques classiques et modernes.