Origine et histoire du Manoir de Vauville
Le manoir de Vauville, situé dans l’ancienne commune du même nom en Normandie, trouve ses origines au XIIe siècle comme forteresse féodale. Érigé initialement par Richard de Vauville en 1163, il ne conserve aujourd’hui qu’un donjon similaire à celui de Beaurepaire, entouré de douves comblées par un jardin. Ce site stratégique, proche de la côte, était probablement baigné par la mer à l’époque de sa construction, reflétant son rôle défensif dans la région de la Hague, au nord-ouest du Cotentin.
La seigneurie de Vauville, plein fief de haubert dépendant de la baronnie de Bricquebec, changea plusieurs fois de mains : des La Haye aux Carbonnel, puis aux Le Sauvage. En 1663, Jeanne Le Sauvage, héritière du domaine, épousa François-César de Costentin, frère aîné du maréchal de Tourville. Ce dernier rebâtit le logis actuel au XVIIe siècle, conservant le donjon médiéval tout en y ajoutant deux ailes latérales. Les vestiges des tours et défenses, encore visibles au début du XVIIIe siècle, disparurent progressivement.
Le manoir connut des épisodes tragiques, comme l’assassinat en 1713 par Jean-Baptiste César de Costentin, comte de Vauville, qui s’y réfugia avant d’obtenir sa grâce en invoquant un privilège rouennais. Au XIXe siècle, le général Jean Le Marois, député et aide de camp de Napoléon, en devint propriétaire avant que son fils, Polydore, ne fasse démolir en 1837 la porterie médiévale et les communs, effaçant des traces historiques comme celle du bienheureux Thomas Hélye.
Endommagé pendant la Seconde Guerre mondiale, le manoir fut restauré par la famille Gayard en 1890, puis par les Pellerin à partir de 1948. Ces derniers y créèrent un jardin botanique, aujourd’hui labellisé Jardin remarquable et inscrit aux monuments historiques. Le site, partiellement protégé depuis 1972, fait l’objet de restaurations continues, dont la toiture retenue par le Loto du patrimoine 2025.
Architecturalement, le manoir illustre la Renaissance cotentinaise : deux corps de logis en pierre locale, reliés par le donjon du XIIe siècle, avec des lucarnes à frontons ornés et des cheminées monumentales. Le colombier extérieur, datant de 1732, compte plus de mille boulins. Le parc, ouvert au public, accueille des événements culturels dans la cour ou la salle à manger du manoir.