Origine et histoire du Manoir des Fossés
Le manoir des Fossés, situé à Plélan-le-Petit dans les Côtes-d'Armor, est un édifice du XIVe siècle (bien que la période mentionnée soit le 4e quart du XVIe siècle pour des éléments ultérieurs). Ce logis-porte fortifié, de type « salle », se distingue par sa conservation remarquable et son architecture défensive. La façade est, tournée vers l’extérieur, présente cinq meurtrières cruciformes (dont trois au rez-de-chaussée) et une porte cochère en plein cintre, tandis que la façade ouest, ouvrant sur la cour, conserve une grande porte murée et une fenêtre gothique. L’étage, accessible par une porte surélevée (défensive), abrite une salle unique avec une cheminée disparue et une charpente gothique intacte, composée de quatre fermes à poinçons polygonaux et entraits retroussés, unique en Bretagne pour un bâtiment civil.
Le manoir s’inscrit dans un ensemble manorial plus vaste, aujourd’hui partiellement disparu. Une description de 1497 évoque une cour entourée de bâtiments (salle basse, chambre, cuisine, chapelle) et des palissades en bois, suggérant que le logis actuel n’en était qu’un élément. Au XVIe siècle, une nouvelle demeure principale est construite à 50 mètres au nord-ouest, avec une tour d’escalier hexagonale encore visible. D’autres ajouts (longère du XVIIe siècle, fournil remanié) témoignent d’une occupation continue jusqu’au XIXe siècle, période de nombreux remaniements. Le site, proche d’une voie romaine (Corseul-Vannes) et de vestiges néolithiques, révèle aussi des douves schisteuses antérieures au manoir, creusées pour sa protection.
Propriété successive des familles Le Borgne (XIVe siècle), De La Bouexière (XVe-XVIe siècles), DesNos/Le Doyen (XVIIe-XVIIIe siècles) et De Kergorlay (à partir de 1710), le manoir était associé à un droit de haute justice sur les communes voisines. Classé Monument Historique en 1992, il illustre l’évolution des habitats seigneuriaux bretons, passant d’une fonction défensive à un rôle agricole après le Moyen Âge. Son abandon partiel a préservé des éléments rares, comme sa charpente ou ses systèmes de défense (volets pivotants, accès surélevé).
L’édifice, construit sur un affleurement schisteux près de la vallée du Montafilan, bénéficiait d’un emplacement stratégique : assise sèche, proximité d’eau vive et de prairies pour les besoins seigneuriaux. Les fouilles ont révélé des fossés circulaires (3 m de large, 2 m de profondeur) antérieurs au XIVe siècle, peut-être liés à une occupation primitive. À quelques centaines de mètres, un site néolithique (outils en pierre polie, microlithes) atteste d’une occupation ancienne du territoire.
Architecturalement, le manoir combine des éléments militaires (meurtrières, porte piétonne murée) et résidentiels (baies géminées trifoliées, grande salle d’apparat à estrade). La salle haute, hiérarchisée par un niveau surélevé près de la cheminée, servait de lieu de réception. Son accès par un escalier mobile (disparu) renforce son caractère défensif, proche d’un donjon. Les fenêtres, dépourvues de vitrage, étaient protégées par un double système de volets (intérieur et extérieur), similaire à des sabords de navire.
Aujourd’hui, le manoir des Fossés, visible depuis la D19 à la sortie de Plélan-le-Petit, est un témoignage exceptionnel de l’architecture civile bretonne médiévale. Son inscription aux Monuments Historiques en 1992 souligne sa valeur patrimoniale, malgré des remaniements ultérieurs (XIXe siècle) et la disparition de certains éléments (chapelle, lambris de la charpente). Le site, encore partiellement en friche, conserve une atmosphère authentique, entre vestige seigneurial et mémoire des occupations préhistoriques et gallo-romaines.