Origine et histoire du Manoir du Parc
Le manoir du Parc est une ancienne demeure fortifiée édifiée à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle sur l’emplacement d’une motte castrale rasée au XIIIe siècle sur ordre de Philippe Auguste. Ce site, initialement occupé par une maison forte des XIe–XIIe siècles, fut transformé en manoir après la destruction du château primitif. Le fief, d’abord détenu par la famille d’Aubigny avant 1204, passa aux d’Argences après le rattachement de la Normandie à la couronne de France. Le roi autorisa alors la construction d’un manoir en remplacement du château fort démoli.
Au XVe siècle, pendant la guerre de Cent Ans, le manoir changea plusieurs fois de mains en raison des conflits franco-anglais. Collibeaux de Criquebeuf, fidèle au roi de France, en fut spolié par Henri V d’Angleterre, qui le céda à Jehan d’Argouges puis à Thomas V de Clamorgan, tous deux ralliés aux Anglais. Le fief échoit ensuite aux familles de La Rivière, puis de Thieuville à partir du XVIe siècle. Gilles de Thieuville, écuyer, y est attesté en 1567, suivi de son descendant Jacques en 1612, qui rend hommage au roi pour un domaine incluant moulin, colombier et chapelle.
L’ensemble manorial, achevé vers 1600, comprend un logis principal flanqué d’une tour cylindrique (XVe–XVIe siècles), une chapelle gothique (vers 1450), des communs, des douves et un jardin fossoyé. La chapelle conserve des fragments de blasons peints, dont ceux des Thieuville et du Mesnildot. Après des alliances matrimoniales successives (Pierrepont, Thère), le manoir passe en 1802 aux marquis de Sainte-Suzanne, qui le transforment en exploitation agricole. Partiellement inscrit aux monuments historiques en 2000, il est restauré à partir de 1998 par ses propriétaires, M. et Mme Giard.
Le logis principal, débuté vers 1400, fut agrandi entre 1500 et 1540, puis finalisé aux alentours de 1600. La cour, autrefois accessible par une porte charretière en plein cintre aujourd’hui disparue, abrite une charreterie du XVIe siècle et une chapelle aux fenêtres gothiques. Les communs, construits entre les XVe et XVIIe siècles, complètent cet ensemble défensif et agricole, témoin des mutations architecturales et sociales de la Normandie médiévale et moderne.