Origine et histoire du Manoir du Pont-Créon
Le manoir du Pont-Créon, situé à l’ouest du centre-ville de Caen dans le quartier Saint-Ouen, date des XVIe et XVIIe siècles. Il fut érigé en 1599 par le sieur de La Motte, comme en témoigne l’inscription « GO DE LA MOT 1599 » gravée sur le bâtiment. Ce dernier pourrait être Georges de La Motte ou Nicolas Guillaume de la Motte, lieutenant général au bailliage de Caen et seigneur de Canchy. Le manoir apparaît déjà sur le plan de Caen de 1672, dessiné par François Bignon.
À l’origine, le domaine était partiellement entouré de murailles dès le XVe siècle. Il se trouvait le long de la rivière Petit-Odon, aujourd’hui couverte, près d’un pont qui donna son nom à la rue. Le secteur, peu urbanisé avant le XXe siècle, abritait des familles de blanchisseurs (ou « lessiviers ») exploitant les eaux de la rivière. Au XIXe siècle, des activités de blanchisserie et d’agriculture y étaient associées, comme en attestent les occupants Auguste-François Deverre et son épouse Maria-Eugénie Groult, blanchisseuse et propriétaire des lieux de 1867 à 1920.
Architecturalement, le manoir se distingue par une porte d’entrée élégante, un pavillon à toit pyramidal et un colombier, partiellement détruit en 1937. Une porte cochère, visible sur des photos de 1902, fut détruite pendant l’Occupation allemande (1940-1944). Le site, inscrit aux monuments historiques depuis le 1er juin 1927, conserve des traces de son passé agricole et artisanal, lié à l’abbaye aux Hommes de Caen, à laquelle le domaine était rattaché depuis Guillaume le Conquérant.
Le nom « Pont-Créon » proviendrait du sieur Crion(t), qui reçut le domaine vers 1255 en échange de redevances à l’abbaye. Le manoir, initialement nommé Pont-Ozouf, était un carrefour entre des voies menant à Bretteville-sur-Odon, au moulin de Saint-Ouen et au couvent des Capucins. Le secteur, longtemps rural, ne s’urbanisa qu’à partir de la seconde moitié du XXe siècle, après la couverture du Petit-Odon et la création de lotissements.
En 1939, le no 8 de la rue abritait une société de blanchisserie et des logements sociaux construits dans le cadre de la loi Loucheur. Les familles Vauquelin, Groult, Loison et Huard, blanchisseurs de génération en génération, marquèrent l’histoire locale, profitant de la proximité des eaux pour leurs activités. Le manoir, aujourd’hui protégé, témoigne de ce passé à la fois seigneurial, agricole et artisanal.