Origine et histoire
Le manoir de Priziac, situé dans le Morbihan, fut construit entre 1579 et 1585 comme auditoire de justice pour la seigneurie du Dréors. La date de 1579 est gravée sur sa façade rue, tandis que 1585 figure sur une sablière de la salle d’audience. Son premier propriétaire, Messire Jean Pezron, notaire et greffier au service des familles Rohan-Guémené et Le Scanff, y exerçait ses fonctions judiciaires. Les initiales M. J. P. et son nom complet apparaissent sur les éléments architecturaux, attestant de son rôle central. Ce manoir, conçu en pierre de taille, reflète le prestige de son commanditaire par des détails comme les boulins (nids d’hirondelles réservés à la noblesse) ou la cheminée monumentale de la salle d’audience.
Les fonctions judiciaires du manoir furent transférées dès le début du XVIIe siècle, le transformant en simple logis. Au fil des siècles, il changea plusieurs fois de mains : la famille Aufret, Jean Le Coz (chapelier), puis les familles Le Bail, Le Fur, et Le Cagnec après la Révolution. En 1723, Louis de Montlouis et son épouse l’acquirent pour 1 200 livres, alors décrit comme « en fort mauvais état », avec une charpente et une maçonnerie délabrées. La mairie de Priziac en devint propriétaire en 1991. Classé Monument Historique en 1925, le manoir se distingue par son escalier extérieur, ses portes en plein cintre (dont une cochère restaurée), et une lucarne ornée de coquilles et de vases, symboles de richesse.
L’architecture intérieure révèle son usage passé : le rez-de-chaussée abritait une prison, une écurie, et un passage pour voitures, tandis que l’étage accueillait la salle d’audience et ses dépendances (antichambre, archives). La charpente lambrissée, avec ses sablières sculptées et ses clés pendants, a été restaurée dans son état d’origine. La façade nord, sobre, contraste avec le pignon Est, monumental, où deux rangées de boulins et une fenêtre richement décorée soulignent le statut social de ses occupants. Malgré son déclin précoce comme lieu de justice, le manoir reste un témoignage rare des auditoires seigneuriaux bretons de la Renaissance.
La localisation du manoir, au 6 rue du Vieux-Bourg, en face du chevet de l’église Saint-Beheau, renforce son ancrage dans l’histoire locale. Son acquisition par la commune a permis sa préservation, mettant en valeur des éléments comme la niche à chien intégrée à l’escalier ou les ouvertures dédiées à l’alimentation des chevaux. Ces détails, combinés aux archives mentionnant Jean Pezron et les familles nobles qu’il servait, offrent un éclairage précis sur la vie judiciaire et sociale en Bretagne à la fin du XVIe siècle.