Aujourd'hui Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Façades et toitures du bâtiment d'entrée ; cour avec ses platanes accolée à ce bâtiment (cad. HM 95) : inscription par arrêté du 30 mai 1990
Personnages clés
Michel-Jules Bonfin - Architecte
Conçut la façade principale en 1824.
Origine et histoire
La manufacture des tabacs de Bordeaux fut construite en 1825 pour répondre au décret de 1810 rétablissant le monopole d'État sur la production et la commercialisation du tabac. Elle devint alors la seule structure d'approvisionnement de la région bordelaise pendant un siècle et demi. Ce bâtiment industriel, conçu pour centraliser la fabrication de cigares et de poudres de tabac, employait principalement des femmes : environ 600 ouvrières y travaillaient dans des ateliers spécialisés, incluant séchoirs et unités de fermentation.
En 1805, une fabrique de tabac fut aménagée dans l’ancien hôtel des fiacres de Bordeaux, avant d’être érigée en Manufacture Impériale en 1811. L’architecte Michel-Jules Bonfin conçut en 1824 la façade monumentale de la place Rodesse, marquée par un avant-corps central et un fronton triangulaire. Des agrandissements furent réalisés en 1825 et 1920 pour moderniser les ateliers et organiser la production, qui atteignit près de 2 millions de kg de tabac transformé en 1928. La manufacture, spécialisée dans les cigares à partir de 1945, employait jusqu’à 1 684 salariés en 1877, dont 1 000 femmes.
Après sa fermeture en 1987, le site fut partiellement préservé : seule la façade Bonfin, inscrite aux Monuments Historiques en 1990, échappa à la destruction lors de sa reconversion. Les bâtiments abritent aujourd’hui une maison de retraite. À son apogée, la manufacture produisait annuellement 180 millions de cigares sous 26 présentations différentes, illustrant son rôle clé dans l’économie locale et le monopole étatique sur le tabac.
L’architecture du site reflète son évolution industrielle. Le corps principal, avec ses douze travées et son avant-corps, domine la place Rodesse. La cour intérieure à péristyle, les ateliers équipés de machines à vapeur dès 1865, et le bâtiment de l’horloge surélevé en 1929 témoignent des adaptations techniques. Les matériaux, comme la pierre, l’enduit et la tuile mécanique, soulignent le caractère fonctionnel et monumental de l’ensemble, couvrant 12 506 m2.
La main-d’œuvre féminine y occupait une place centrale, notamment dans la confection des scaferlatis (tabac à priser) et des cigarettes. En 1870, l’usine comptait 18 machines à paqueter, 10 machines à cigarettes, et des transporteurs pneumatiques, modernisés au XXe siècle avec des humidificateurs et des paqueteuses automatiques. La baisse d’activité, marquée par 87 salariés en 1987 contre 1 684 un siècle plus tôt, reflète les mutations de l’industrie du tabac en France.
Avis
Veuillez vous connecter pour poster un avis