Frise chronologique
1810
Rétablissement du monopole du tabac
Rétablissement du monopole du tabac
1810 (≈ 1810)
Création de la manufacture par Napoléon Ier.
1821
Construction près du Bazacle
Construction près du Bazacle
1821 (≈ 1821)
Nouveau bâtiment utilisant l’énergie hydraulique.
1888-1894
Construction des bâtiments actuels
Construction des bâtiments actuels
1888-1894 (≈ 1891)
Site industriel le long du canal de Brienne.
1903
Construction du réfectoire
Construction du réfectoire
1903 (≈ 1903)
Agrandissement des infrastructures sociales.
1906
Érection de la cheminée
Érection de la cheminée
1906 (≈ 1906)
Pour les ateliers de torréfaction.
1979
Arrêt de la production
Arrêt de la production
1979 (≈ 1979)
Fin de l’activité industrielle.
2 mars 1990
Classement aux monuments historiques
Classement aux monuments historiques
2 mars 1990 (≈ 1990)
Protection des façades et toitures.
1996
Réouverture comme annexe universitaire
Réouverture comme annexe universitaire
1996 (≈ 1996)
Intégration à Toulouse-I-Capitole.
2021
Installation de Sciences-Po Toulouse
Installation de Sciences-Po Toulouse
2021 (≈ 2021)
Nouvelle vocation académique.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Bâtiment directorial (A) ; façades et toitures des bâtiments E, L, A, M, F, B, C, D, H, G, I, Q'(cad. AE 101) : inscription par arrêté du 2 mars 1990
Personnages clés
| Napoléon Ier - Empereur des Français |
Rétablit le monopole du tabac en 1810. |
| Association pour la Sauvegarde de la Manufacture des Tabacs - Collectif citoyen |
A obtenu le classement du site en 1990. |
Origine et histoire
La manufacture des tabacs de Toulouse, construite entre 1888 et 1894 le long du canal de Brienne, était initialement une usine de transformation du tabac. Elle remplaçait des installations plus anciennes, dont une première manufacture installée en 1810 dans l’ancien couvent des Bénédictins, place de la Daurade, après le rétablissement du monopole du tabac par Napoléon Ier. Ce site industriel devint le deuxième plus important de France après Paris, employant jusqu’à 2 000 personnes, majoritairement des femmes surnommées « tabataires ». La production, d’abord manuelle, fut mécanisée entre les deux guerres mondiales, avant la fermeture définitive en 1987.
Entre 1821 et 1894, les activités se développèrent près du Bazacle pour profiter de l’énergie hydraulique, avant que les bâtiments actuels ne soient érigés. La manufacture produisait divers dérivés du tabac (cigares, poudres, chique) dans des ateliers spécialisés, employant jusqu’à 70 % du personnel dans la section dédiée à la chique. Les conditions de travail étaient difficiles : journées de 12 heures, salaires bas, et disparités selon l’âge. Malgré cela, les ouvrières bénéficiaient de certains privilèges, comme la réservation de la moitié des emplois vacants pour les familles des employés.
La production cessa en 1979 en raison de la mécanisation, de la suppression des douanes européennes et des campagnes anti-tabac. Menacés de démolition, les bâtiments furent sauvés par une association citoyenne et classés aux monuments historiques en 1990. Après restauration, ils furent cédés à l’Université Toulouse-I-Capitole en 1996. Aujourd’hui, le site abrite des amphithéâtres, une bibliothèque universitaire, et depuis 2021, Sciences-Po Toulouse, mêlant patrimoine industriel et vie étudiante.
Les bâtiments, caractérisés par leur architecture fonctionnelle (bâtiment directorial, cheminée de 1906, réfectoire de 1903), témoignent de l’âge d’or industriel toulousain. Leur réhabilitation a permis de préserver un lieu emblématique de l’histoire sociale locale, où se croisaient innovation technique, luttes ouvrières et mutations économiques. La manufacture incarne aussi le passage d’une économie artisanale à une ère industrielle, avant de devenir un symbole de reconversion patrimoniale réussie.
Le site conserve une mémoire collective forte, notamment à travers le terme occitan « tabataïréss » désignant les ouvrières. Ces femmes, payées à la tâche et embauchées quotidiennement, formaient une communauté soudée, comme en témoignent les grèves et la transmission des emplois au sein des familles. Leur travail, bien que mal rémunéré, fut central dans l’économie toulousaine jusqu’à l’essor de l’aéronautique en 1914.
Aujourd’hui, la Manufacture des Tabacs allie héritage et modernité : ses 6 amphithéâtres, sa bibliothèque et ses laboratoires de recherche en font un pôle universitaire dynamique. Le lieu accueille aussi cinq associations étudiantes et deux laboratoires de Sciences-Po, perpétuant son rôle de lieu d’échange, mais cette fois-ci intellectuel et académique.