Origine et histoire de la Manufacture de Tapis
La manufacture de la Savonnerie, aujourd’hui installée à Lodève et Paris, est la première manufacture royale de tapis fondée en France. Son origine remonte à 1627-1628, lorsque Pierre Dupont et Simon Lourdet, deux lissiers, établissent un atelier dans une ancienne savonnerie à Chaillot (actuel palais de Tokyo), transformée en orphelinat par Marie de Médicis. La main-d’œuvre bon marché des orphelins et la technique du point noué rapportée de Turquie par Dupont permettent de produire des tapis veloutés « façon du Levant », destinés à la cour de France ou offerts en présents diplomatiques. Les tapis de la Grande Galerie du Louvre, tissés d’après les cartons de Charles Le Brun, comptent parmi ses réalisations les plus prestigieuses.
En 1631, l’atelier s’installe officiellement à Chaillot après agrandissement, puis se divise en deux branches familiales (Dupont et Lourdet) jusqu’à leur réunion en 1714 par Bertrand Dupont. La direction passe ensuite aux Duvivier (1743-1826), période marquée par des commandes royales et des innovations techniques. En 1825, Charles X fusionne la Savonnerie avec la manufacture des Gobelins, transférant les métiers à Paris en 1826. L’atelier parisien, toujours actif au sein des Gobelins, perpétue un savoir-faire artisanal unique, tandis que Lodève abrite aujourd’hui une partie de la production.
La technique de la Savonnerie repose sur un métier à haute lisse et le nœud Ghordès, exécuté à partir de cartons artistiques agrandis. Chaque tapis, tissé de gauche à droite, nécessite des étapes minutieuses : ourdissage, montage des lices, nouage, tonte et finition au peigne et aux ciseaux. Les lissiers interprètent les motifs en s’appuyant sur un nuancier référencé (NIMES), garantissant une qualité exceptionnelle. Parmi les œuvres emblématiques figurent le tapis du chœur de Notre-Dame de Paris (1825-1833), ceux de la galerie d’Apollon ou du Louvre, ainsi que des commandes pour des lieux prestigieux comme le château de Rambouillet ou l’hôtel Negresco.
L’histoire de la Savonnerie est aussi celle de ses dirigeants, issus des familles Dupont, Lourdet, puis Duvivier. Pierre Dupont (1560-1640), pionnier du point noué, et Simon Lourdet (1590-1667) posent les bases de l’atelier. Leurs descendants, dont Bertrand Dupont (réunificateur en 1714) et Jacques Noinville (régisseur de 1720 à 1742), assurent la pérennité de la manufacture. Après 1826, la Savonnerie est intégrée à l’administration des Gobelins, tout en conservant son identité technique et artistique. Aujourd’hui, elle fait partie des Manufactures nationales - Sèvres & Mobilier national, aux côtés des ateliers de Beauvais et des Gobelins.
Les archives de la Savonnerie, conservées aux Archives nationales (cote 497AP), témoignent de son rôle central dans l’art décoratif français. Ses tapis, souvent monumentaux, ornent palais, cathédrales et résidences privées, comme ceux de la villa Ephrussi de Rothschild ou de l’Élysée. La manufacture reste un symbole du luxe à la française, alliant tradition artisanale et innovation, depuis les commandes de Louis XIII jusqu’aux créations contemporaines.