Origine et histoire de la Manufacture des Gobelins
La manufacture des Gobelins trouve ses origines au XVe siècle avec la famille Gobelin, teinturiers renommés pour leurs écarlates, installés près de la Bièvre dans le faubourg Saint-Marcel. Leur réputation éclipsa celle des autres artisans, donnant son nom au quartier et à la rivière. En 1601, Henri IV y installa deux tapissiers flamands, Marc de Comans et François de La Planche, pour réduire les importations de tapisseries étrangères. Le roi leur octroya des privilèges exclusifs, des exemptions fiscales et un logement gratuit, marquant le début d’une production locale de haute qualité.
Sous Louis XIV, Colbert réorganisa la manufacture en 1662, regroupant les ateliers parisiens dans l’ancien Clos Eudes de Saint-Merry. Il nomma Charles Le Brun, premier peintre du roi, à sa direction. Ce dernier y implanta des équipes d’artistes (peintres, tapissiers, orfèvres) et produisit des tentures destinées aux résidences royales et aux présents diplomatiques. La manufacture devint un symbole du faste versaillais, avec des innovations comme la teinture « à la hollandaise » introduite par Jean Glucq. En 1667, un édit royal officialisa son organisation, accordant des avantages sociaux aux ouvriers.
La Révolution française marqua un tournant critique : la manufacture, attaquée pour ses symboles monarchiques, vit ses commandes chuter et ses effectifs réduits. En 1793, des tapisseries aux motifs féodaux furent brûlées, et en 1795, des séries royales furent détruites pour récupérer l’or et l’argent. Malgré ces pertes, la manufacture survécut grâce à des réformes, comme la réouverture de l’école des apprentis. Sous Napoléon, elle connut un regain d’activité, tissant des scènes impériales d’après David ou Gros, avant de se recentrer sur des commandes étatiques sous la Restauration.
Au XIXe siècle, les innovations se multiplièrent : en 1825, les métiers de basse lisse furent transférés à Beauvais, et la manufacture se spécialisa en haute lisse. Eugène Chevreul, directeur des teintures de 1824 à 1883, révolutionna la palette des couleurs avec son cercle chromatique, réduisant de moitié le nombre de teintes nécessaires. La Savonnerie, initialement installée à Chaillot, rejoignit le site en 1826. Malgré l’incendie de 1871 pendant la Commune, qui détruisit une partie des bâtiments et des collections, la reconstruction permit une modernisation.
Au XXe siècle, la manufacture s’ouvrit à l’art contemporain, collaborant avec des artistes majeurs comme Picasso, Léger, Miró ou Vasarely. Classée monument historique en 1993, elle dépend aujourd’hui du Mobilier national et perpétue un double héritage : la conservation des techniques anciennes (teintures naturelles, métiers à tisser traditionnels) et l’adaptation aux créations modernes. La Galerie des Gobelins, rénovée en 2007 pour son 400e anniversaire, expose désormais les collections du Mobilier national.
L’architecture du site, marquée par des agrandissements successifs (chapelle de Jacques V Gabriel en 1723, bâtiments de François Chabrol en 1870, musée de Formigé et Jaussely en 1912), conserve une cohérence historique. Les façades ornées de cariatides par Injalbert et de bas-reliefs par Landowski témoignent de son prestige. La manufacture reste un lieu de formation, de production et d’exposition, illustrant quatre siècles de patrimoine textile français.