Origine et histoire de la Manufacture royale
La Manufacture royale de Bains-les-Bains fut fondée en 1733 par lettre patente accordée par Élisabeth-Charlotte, régente du duché de Lorraine, aux frères Jean-François et Claude Coster, ainsi qu’à leurs associés savoyards Georges Puton et Jean-Baptiste Villiez. Ce site industriel, dédié à la production de fer-blanc (fer étamé), bénéficiait de privilèges royaux, comme l’usage du bois des forêts ducales et la franchise des droits d’eau sur la rivière Côney. Les premiers bâtiments, dont le château du maître de forge, la chapelle (1735) et les logements ouvriers, furent construits entre 1733 et 1737 sous la direction de Georges Puton, qui mourut cette même année.
En 1777, Claude Thomas Falatieu acquit la manufacture pour 1 120 275 livres et y ajouta un canal, une fonderie et de nouveaux ateliers. L’établissement, qui employait 125 ouvriers et 5 commis en 1764, prospéra grâce à sa localisation stratégique : au bord d’un cours d’eau pour la force hydraulique et en pleine forêt pour le charbon de bois. Cependant, la Révolution française mit fin aux privilèges d’approvisionnement en bois, menaçant sa survie. Sous Joseph Falatieu, puis Prosper Chaulin (qui la racheta en 1793), la manufacture devint l’une des plus réputées de France pour son fer-blanc, avant de se reconvertir dans les clous à chevaux au XIXe siècle.
La production cessa définitivement en 1951, mais le site fut sauvé de la ruine par Eric Chavane à partir de 1983. Classée monument historique en 1988, la Manufacture royale de Bains-les-Bains est aujourd’hui ouverte au public. Son parc, ses jardins, sa chapelle et ses bâtiments industriels (comme la halle au charbon de 1779) témoignent de son passé industriel et architectural. Le site accueille désormais visites guidées, concerts et conférences, perpétuant son héritage.
Parmi les figures liées à la manufacture, Julie-Victoire Daubié (1824–1874), première bachelière de France en 1861, y naquit en 1824. Fille du directeur ou commis caissier de l’établissement, elle devint une journaliste économique reconnue. Son enfance fut marquée par le site, qu’elle quitta à 20 mois après la mort de son père.
L’histoire de la manufacture reflète les défis industriels des XVIIIe et XIXe siècles : dépendance aux ressources locales (bois, houille de Ronchamp), adaptations technologiques (passage du fer-blanc aux clous), et mutations sociales. Son architecture, mêlant ateliers, logements ouvriers et château seigneurial, illustre l’organisation paternaliste des manufactures royales, où vie professionnelle et privée étaient étroitement liées.