Origine et histoire de la Manufacture royale de draps
La manufacture royale de draps Le Dijonval, située à Sedan dans les Ardennes, est fondée au XVIIe siècle sous l’impulsion d’un privilège royal accordé en 1646 à trois marchands parisiens, dont Nicolas Cadeau. Ce privilège leur permet de produire des draps fins « façon de Hollande », une exclusivité en France pendant 20 ans. Installée dans le faubourg de la Cassine, sur un site appelé initialement plaine d’Ijonval (corrompu ensuite en Dijonval), la manufacture devient un pôle majeur de la draperie française, concurrencée localement par d’autres ateliers comme celui d’Antoine Rousseau (« le gros chien »). Les premières installations, incluant un logis et une teinturerie, datent des années 1660, mais un incendie en 1870 détruira une partie des bâtiments originels.
Au XVIIIe siècle, la famille Paignon acquiert le site en 1711 et entreprend son expansion. Nicolas-Jean Paignon, puis son descendant Jean-Baptiste, transforment radicalement l’ensemble : le corps central, achevé en 1755, compte 25 travées sur trois niveaux, surmonté d’un campanile. Les ailes en « U », prolongées en 1778, encadrent un jardin descendant vers la Meuse. La Révolution française endommage partiellement l’aile nord, reconstruite plus tard en 1851. Sous l’ère industrielle, la famille Bacot, propriétaire à partir de 1820, modernise la manufacture avec des machines à vapeur, symbolisées par une cheminée visible dès 1841. Le site, loué à des industriels textiles comme Klein à la fin du XIXe siècle, cesse toute activité en 1958.
Classée monument historique par étapes (1962 pour le sol du jardin, 1977-1980 pour les façades et toitures), la manufacture Le Dijonval illustre l’évolution des techniques textiles, du colbertisme à la révolution industrielle. Son architecture, mêlant classicisme (fronton triangulaire, pilastres) et fonctionnalité (lucarnes pour le séchage des draps), reflète son rôle central dans l’économie sedanaise. Les archives départementales des Ardennes (fonds 30J) conservent des documents sur les familles Cadeau, Paignon et Bacot, bien que lacunaires. Aujourd’hui, le site, propriété de la commune, fait l’objet d’une réhabilitation pour des logements, préservant ainsi un patrimoine industriel unique en Grand Est.