Origine et histoire
Le marégraphe de Marseille est un observatoire marégraphique implanté sur la Corniche, équipé d’un marégraphe totalisateur construit en Allemagne par Heinrich Reitz, installé en 1884 et entré en service en 1885. L’ensemble comprend un logement de gardien et un bâtiment en forme de chapelle abritant l’appareil ; une galerie sous-marine mène à un puits où flotte un dispositif relié par un fil de cuivre à l’enregistreur situé au niveau supérieur. Des observations continues ont été menées entre 1884 et 1896 et, en 1897, le zéro du Nivellement Général de la France a été fixé à partir des mesures effectuées sur ce site. Le marégraphe totalisateur, unique en Europe par son état de conservation et son fonctionnement, est entretenu et étalonné annuellement et assure la continuité des séries de mesures aux côtés d’appareils plus récents.
Le fonctionnement repose sur un flotteur dans un puits de tranquillisation dont les mouvements, transmis par câble et rouages, entraînent des traceurs qui dessinaient la courbe du niveau de la mer sur un cylindre animé par une horloge. Le totalisateur est un intégrateur mécanique : un chariot relié à une crémaillère et des roulettes en contact avec un disque rotatif commandent des cadrans gradués, permettant de déterminer directement la moyenne du niveau sans recours à la planimétrie. L’appareil comporte des dispositifs de compensation thermique du câble et un double enregistrement, l’un restant à Marseille, l’autre étant adressé au service central.
Les marégrammes mensuels, d’environ neuf mètres, étaient tracés sur un papier spécial de Félix Follot ; des pointes en laiton grattaient une couche d’encre sur fond de craie pour produire des courbes d’une grande finesse. Entre 1996 et 2001, l’IGN et le SHOM ont numérisé quelque 1 200 rouleaux afin de préserver et d’exploiter ces archives.
Les bâtiments, édifiés au début des années 1880 le long de la promenade de la Corniche sous la conduite du conducteur des ponts et chaussées Louis Auguste Sébillotte, constituent un ensemble immobilier rare : une chambre souterraine, accessible par un escalier métallique en colimaçon, abrite le repère fondamental du nivellement, scellé dans un bloc de granit et composé d’un rivet en bronze dont la calotte est revêtue d’un alliage de platine et d’iridium, situé à 1,661 m au‑dessus du zéro fixé en 1897. Le choix du site répondait à des critères de stabilité et de pureté de l’eau : la Méditerranée présente une faible amplitude de marée, Marseille offrait un niveau moyen bas parmi les grands ports et des infrastructures techniques, et l’anse Calvo était éloignée des courants d’eau douce et des rejets.
Pour compléter l’observation historique, l’observatoire a été équipé en 1998 d’un marégraphe côtier numérique fonctionnant d’abord par ondes acoustiques, remplacé en 2009 par un instrument radar dont les données sont transmises régulièrement au SHOM ; le marégraphe mécanique continue d’être maintenu et fait l’objet de mesures hebdomadaires. Une station GNSS permanente, installée sur le toit depuis 1998, permet de mesurer les mouvements absolus du bâtiment et de distinguer l’élévation du niveau de la mer des déplacements du sol, sous réserve des corrections nécessaires liées à la troposphère et à la conversion entre ellipsoïde et géoïde.
La série temporelle issue du marégraphe de Marseille est l’une des plus longues et cohérentes au monde : près de 135 ans d’observations pratiquement ininterrompues, utilisées par des réseaux internationaux tels que GLOSS et par le RONIM national. Elle donne une élévation moyenne de la Méditerranée à Marseille d’environ 16 cm depuis 1885, soit un rythme proche de 1,2 mm par an ; l’intégration de relevés antérieurs (1849–1851) modère légèrement cette estimation pour la période 1849–présent. Les données et les niveaux moyens historiques sont accessibles via les portails scientifiques dédiés (SONEL, data.shom.fr) et par les services géodésiques nationaux.
Le marégraphe a été classé parmi les monuments historiques par arrêté du 28 octobre 2002. Consciente de l’importance à la fois patrimoniale et scientifique de ce site, une association, Les amis du marégraphe de Marseille, a été créée le 7 janvier 2021 pour promouvoir, valoriser et soutenir la conservation et la connaissance de cet observatoire, en partenariat avec des organismes tels que l’IGN, le SHOM et des institutions scientifiques.