Frise chronologique
1048
Succursale monastique
Succursale monastique
1048 (≈ 1048)
Création d’un refuge pour paysans éloignés.
XIe siècle
Première mention écrite
Première mention écrite
XIe siècle (≈ 1150)
Villa Mejanis citée dans un acte épiscopal.
1240
Acquisition par les Templiers
Acquisition par les Templiers
1240 (≈ 1240)
Méjanes devient un poste stratégique.
1483
Passage aux d’Aiguières
Passage aux d’Aiguières
1483 (≈ 1483)
Début de la seigneurie familiale locale.
1723
Érection en marquisat
Érection en marquisat
1723 (≈ 1723)
Guillaume de Piquet anoblit le domaine.
1939
Rachat par Paul Ricard
Rachat par Paul Ricard
1939 (≈ 1939)
Développement agricole et touristique moderne.
1955
Inauguration des arènes
Inauguration des arènes
1955 (≈ 1955)
Lieu emblématique des traditions camarguaises.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Mas de Méjanes : inscription par arrêté du 26 mai 1941
Personnages clés
| Hugues IV des Beaux - Seigneur médiéval |
Vend l’étang de Vaccarès mais garde Méjanes. |
| Jean-Baptiste Marie de Piquet - Second marquis de Méjanes |
Bibliophile, légataire de la bibliothèque d’Aix. |
| Paul Ricard - Industriel et mécène |
Modernise le domaine et crée les arènes. |
| Guillaume de Piquet - Premier marquis de Méjanes |
Obtient l’érection en marquisat en 1723. |
Origine et histoire
Le domaine de Méjanes, mentionné dès le XIe siècle dans les archives de l’archevêché d’Arles, était à l’origine une succursale monastique offrant protection aux paysans locaux. Son positionnement stratégique près de l’étang de Vaccarès en faisait un lieu clé pour l’agriculture, notamment la culture du petit roseau. Au XIIIe siècle, le site passe aux mains des Templiers, qui en font un point de surveillance des routes et cours d’eau du delta du Rhône, avec une tour reliant Arles aux Saintes-Maries par un phare.
Au Moyen Âge, Méjanes connaît des périodes troublées, comme en 1165, où ses habitants assistent à un épisode de la querelle des Investitures entre le pape Alexandre III et l’antipape Pascal III. En 1225, Hugues IV des Beaux vend l’étang de Vaccarès à Arles mais conserve le domaine, avant que son fils ne le cède aux Templiers en 1240. Après la chute de l’ordre, Méjanes passe aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, puis à la famille d’Aiguières au XVe siècle, qui en devient les seigneurs exclusifs.
Au XVIIe siècle, la propriété échoit aux Piquet, une famille noble picarde, par mariage. Jean-Baptiste Marie de Piquet, second marquis de Méjanes (1729–1786), érige le domaine en marquisat et marque l’histoire comme bibliophile : sa collection fonde la bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence. Il modernise aussi l’agriculture locale, introduisant des fabriques d’étoffes et encourageant les vaccinations. Après sa mort, Méjanes passe à son neveu, le marquis de Lagoy, puis au comte de Villandry en 1826.
Le XIXe siècle voit le domaine s’adapter aux mutations économiques : la culture du riz, de la canne à sucre et de la garance remplace progressivement le blé, tandis que l’élevage des taureaux et chevaux camarguais résiste aux crises, comme l’invasion de criquets de 1613. La révolution des transports (chemin de fer, navigation à vapeur) relance l’agriculture, mais le delta, devenu Parc Naturel Régional en 1970, conserve son caractère sauvage.
En 1939, Paul Ricard, fondateur de l’empire éponyme, acquiert Méjanes et en fait un domaine agricole et touristique majeur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il y replie son entreprise et produit du lait pour échapper au Service du Travail Obligatoire. Il développe ensuite les traditions taurines, construisant des arènes inaugurées en 1955 (classées Monuments Historiques), et diversifie les activités : restaurants, promenades équestres et petit train touristique.
Aujourd’hui, le domaine de 600 hectares, toujours propriété de la famille Ricard et des Guillot, perpétue la polyculture (riz, céréales) et l’élevage camarguais. Ses arènes, haut lieu des jeux gardians, et son logis médiéval remanié (avec pigeonnier, chapelle et tour) en font un symbole du patrimoine vivace de Camargue, entre mémoire historique et dynamisme contemporain.