Origine et histoire de la Maternité suisse
La Maternité suisse d'Elne occupe un château construit en 1901-1902 par Eugène Bardou, héritier de l’industriel du papier à cigarettes JOB. Ce bâtiment de style Belle Époque, situé à Elne (Pyrénées-Orientales), fut acquis en 1939 par l’Ayuda Suiza (Communauté d’aide suisse pour les enfants d’Espagne) pour y installer une maternité humanitaire. L’initiative répondait à l’urgence créée par la Retirada (1939), où des milliers de républicains espagnols, dont des femmes enceintes, fuyaient le régime franquiste pour se retrouver internés dans des camps aux conditions sanitaires désastreuses.
Entre décembre 1939 et avril 1944, la maternité, dirigée par Élisabeth Eidenbenz, accueillit 595 enfants de 22 nationalités, principalement des réfugiés espagnols, puis des femmes juives et des enfants malades transférés des camps comme celui de Rivesaltes. Les locaux, nommés d’après des villes espagnoles (Barcelone, Madrid, Cordoue), offraient des soins dignes dans un contexte où les accouchements en camp entraînaient une mortalité élevée. Les nourrissons étaient couchés dans des caisses de fruits ou des paniers à linge, et une pouponnière fut ouverte à Banyuls-sur-Mer pour les plus jeunes.
La maternité fonctionna sous l’égide de la Croix-Rouge suisse, avec un personnel médical suisse et espagnol. En 1940, l’Ayuda Suiza devint l’Association suisse pour les enfants victimes de la guerre (SAK), puis en 1942 le Secours aux enfants de la Croix-Rouge suisse (SRK). En avril 1944, l’armée allemande réquisitionna le château en prévision du débarquement allié, forçant son évacuation vers Montagnac (Aveyron). Après la guerre, le bâtiment, menacé de ruine, fut restauré et classé Monument historique en 2013. Depuis 2023, il n’est plus visitable pour raisons de sécurité, malgré des fonds alloués pour sa préservation.
Le rôle d’Élisabeth Eidenbenz, honorée en 2002 comme Juste parmi les Nations, fut central dans ce projet. Son action, soutenue par des bénévoles comme Friedel Bohny-Reiter ou Elsbeth Kasser, sauva des centaines de vies dans un contexte marqué par l’exil, la guerre et les persécutions. La maternité symbolise l’engagement humanitaire suisse durant ces années sombres, tout en témoignant des conditions subies par les réfugiés espagnols et les déportés.
Le château, de plan tréflé et de style éclectique, fut conçu pour offrir des espaces lumineux et apaisants, contrastant avec l’horreur des camps. Aujourd’hui propriété de la commune d’Elne, il abrite un musée dédié à cette histoire. Les sources historiques, incluant des ouvrages comme Les Enfants d’Élisabeth (Hélène Legrais, 2006) ou des documentaires (La Lumière de l’espoir, 2017), perpétuent la mémoire de ce lieu unique.