Crédit photo : Jules Robuchon. Fin XIXe - début du XXe siècle. - Sous licence Creative Commons
Frise chronologique
Néolithique
Érection du menhir
Érection du menhir
Néolithique (≈ 4100 av. J.-C.)
Bloc de grès érigé, futur *Pierre Levée*.
IIᵉ siècle av. J.-C.
Sanctuaire celte
Sanctuaire celte
IIᵉ siècle av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Culte guerrier et dépôts d’armes.
Iᵉʳ siècle av. J.-C. - IIᵉ siècle apr. J.-C.
Apogée gallo-romain
Apogée gallo-romain
Iᵉʳ siècle av. J.-C. - IIᵉ siècle apr. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Théâtre, ateliers, *vicus* de *Briva*.
732
Bataille hypothétique
Bataille hypothétique
732 (≈ 732)
Possible affrontement Charles Martel-Sarrasins.
742
Partage du royaume franc
Partage du royaume franc
742 (≈ 742)
Acte signé par Carloman et Pépin le Bref.
1892
Classement du menhir
Classement du menhir
1892 (≈ 1892)
Monument Historique par arrêté ministériel.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Menhir du Vieux-Poitiers : classement par arrêté du 17 novembre 1892
Personnages clés
| Frontu - Donateur gaulois |
Fils de Tarbeisa, dédié le *ratis* (gué). |
| Charles Martel - Chef franc |
Possible bataille contre les Sarrasins en 732. |
| Carloman et Pépin le Bref - Dirigeants francs |
Signèrent le partage du royaume en 742. |
| François Eygun - Archéologue |
Fouilles du théâtre dans les années 1940. |
| Christophe Belliard - Archéologue contemporain |
Dirigea les fouilles récentes (années 1990-2010). |
Origine et histoire
Le menhir du Vieux-Poitiers, appelé localement Pierre Levée, est un bloc de grès jaunâtre de 2,66 m de haut, érigé durant le Néolithique. Il porte une inscription gauloise gravée à l’époque gallo-romaine : « RATIN BRIVATIOM FRONV TARBE(T)I SONIOS IEVRV », traduite comme « Frontu, fils de Tarbeisa, a offert le gué des habitants de Briva ». Ce site, occupé sans discontinuité depuis le Néolithique, devint à l’âge du fer un lieu de culte et d’échanges, avant de se transformer en vicus gallo-romain nommé Briva, intégré à la cité des Pictons.
Le menhir est associé à un sanctuaire celte découvert à proximité, datant de la fin de la période laténienne (IIe siècle av. J.-C.), où furent retrouvés des objets militaires comme un carnyx et une enseigne en tôle. À l’époque gallo-romaine, le site, appelé Vetus Pictavis, devint une agglomération secondaire majeure, dotée d’un théâtre de 116 m de diamètre (capable d’accueillir 10 000 spectateurs), d’ateliers de céramique, et d’un réseau viaire structuré. Le menhir, classé Monument Historique en 1892, témoigne de la continuité d’occupation du site, des origines préhistoriques à l’Antiquité.
Le site archéologique du Vieux-Poitiers s’étend sur 65 hectares, à cheval sur les communes de Naintré et Cenon-sur-Vienne (Vienne, Nouvelle-Aquitaine). Il marque la limite entre les bassins parisien et aquitain, à la confluence du Clain et de la Vienne, un emplacement stratégique pour le commerce et la défense. Les fouilles ont révélé des enceintes néolithiques, des dépôts cultuels de l’Âge du fer (fibules, monnaies gauloises frappées à Lemonum), et des vestiges gallo-romains comme un port fluvial, des insulæ (îlots d’habitation), et une possible nécropole. Le menhir, avec son inscription dédiée à un ratis (gué ou fortification), illustre l’évergétisme local et le syncrétisme culturel entre traditions celtiques et romaines.
Au Haut Moyen Âge, le site joua un rôle politique clé : en 732, il pourrait avoir été le théâtre d’une bataille entre Charles Martel et les Sarrasins, bien que cette hypothèse reste débattue. En 742, Carloman et Pépin le Bref y signèrent l’acte de partage du royaume franc. Le déclin du site débuta à la fin de la période mérovingienne, avec un déplacement progressif des activités vers Châtellerault. Aujourd’hui, le menhir et les ruines du théâtre (classés en 1970-1971) sont les vestiges les plus emblématiques de ce passé multiséculaire, mis en valeur par des expositions et des visites pédagogiques organisées par la communauté d’agglomération du Châtelleraudais.