Origine et histoire du Monastère
L’abbaye Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Luxeuil-les-Bains, située dans le sud-est des Vosges, fut fondée vers 585-590 par saint Colomban, un missionnaire irlandais. Ce dernier choisit les ruines de Luxovium, une cité gallo-romaine dévastée par les invasions barbares, pour y établir un monastère chrétien. Les thermes romains, encore intacts, inspirèrent le nom actuel de la ville. Sous l’impulsion de Colomban et de ses disciples, l’abbaye devint un centre spirituel et intellectuel majeur en Gaule, célèbre pour son scriptorium et son rôle dans la diffusion de la laus perennis, une prière perpétuelle importée d’Agaunum. La règle monastique irlandaise, stricte et ascétique, fut progressivement remplacée par celle de saint Benoît, imposée sous Charlemagne après des tensions avec les autorités burgondes.
L’abbaye connut plusieurs destructions : pillée par les Sarrasins en 732, puis par les Normands au IXe siècle, elle fut à chaque fois reconstruite, notamment sous Louis le Pieux. À partir du XVe siècle, le système des abbés commendataires affaiblit son observance, jusqu’à sa réforme en 1634 par la congrégation de Saint-Vanne. Les moines furent expulsés à la Révolution, et les bâtiments, vendus comme biens nationaux, servirent de séminaire jusqu’au XXe siècle. Aujourd’hui, subsistent une chapelle gothique du XIVe siècle, un cloître, et des dépendances conventuelles des XVIIe et XVIIIe siècles, partiellement classées monuments historiques entre 1846 et 1980.
Le rayonnement de Luxeuil s’étendit bien au-delà de la Franche-Comté : l’école monastique, dirigée par Eustache de Luxeuil puis saint Gaubert, forma des figures comme saint Wandrille et saint Philibert, fondateurs d’abbayes normandes. Le Lectionnaire de Luxeuil (VIIe siècle), manuscrit emblématique du scriptorium, illustre l’influence irlandaise sur l’art mérovingien, avec une écriture calligraphique innovante. L’abbaye missionna aussi à Bobbio (Italie), Saint-Valery-sur-Somme et Remiremont, contribuant à la christianisation de l’Europe. Après des siècles de déclin et de reconstructions, le site abrite aujourd’hui un centre pastoral et un collège.
Les protections au titre des monuments historiques couvrent l’église Saint-Pierre (XIVe siècle), les vestiges du cloître, l’ancien palais abbatial (XVIIIe siècle), et des bâtiments conventuels des XVIIe-XIXe siècles. Ces éléments, situés rue Victor-Genoux, témoignent de l’évolution architecturale du monastère, marqué par des styles gothique, classique et néoclassique. La chapelle du XIXe siècle, bien que récente, rappelle la fonction religieuse persistante du site, malgré les bouleversements révolutionnaires et les changements de vocation (séminaire, école).