Origine et histoire de l'Abbaye Fortifiée de Thouzon
Le monastère fortifié de Thouzon, situé sur la commune du Thor en Vaucluse, est un ancien prieuré bénédictin fondé au début du XIe siècle. En 1014, l’évêque de Cavaillon, Ingilramnus, confirme la donation des églises du mont Thouzon à l’abbaye Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon, marquant le début de son implantation monastique. Le site, transformé en fief allodial en 1088 par Raymond IV de Saint-Gilles avant son départ pour la première croisade, devient un enjeu stratégique et religieux sous l’autorité des comtes de Toulouse et des papes.
Au XIIe siècle, Thouzon bénéficie de privilèges pontificaux, comme ceux accordés par Gélase II en 1118, et voit sa suzeraineté partagée entre l’abbaye Saint-André et les seigneurs locaux. En 1162, le comte Raymond V de Toulouse cède une partie de ses droits à la famille de Chateauneuf de Gadagne. Le monastère perd cependant son statut de premier prieuré en 1202, tout en conservant ses deux églises, Sainte-Marie et Saint-Pierre, sous la tutelle des moines bénédictins. Occupé brièvement en 1396 par les troupes de Raymond de Turenne, le site est libéré par Gaston de Montecatino.
Pendant les Guerres de religion, en 1563, le baron des Adrets s’empare du domaine, illustrant son rôle défensif. Vendu en 1696 à Joseph de Martin, secrétaire d’État, le monastère entre dans une phase de déclin : les propriétaires successifs, dont les familles Merle de Beauchamp et Bourget, négligent son entretien. En 1836, malgré un procès gagné contre la mairie du Thor pour destruction partielle, les bâtiments ne sont pas restaurés. Aujourd’hui, le site, propriété privée gérée par une association affiliée à l’Union Rempart, est partiellement ouvert au public et fait l’objet de chantiers de restauration bénévoles.
Parmi les trésors de Thouzon figure un retable du XVe siècle, découvert vers 1870 dans l’une des chapelles. Composé de deux panneaux en bois de saule représentant des scènes de la vie de saint André, il est aujourd’hui conservé au musée du Louvre. Ce retable, ainsi que les vestiges architecturaux — deux tours, une citerne creusée dans la roche et des pans de murs — témoignent de l’importance passée de ce prieuré fortifié, classé monument historique en 1987.
Le monastère occupait une superficie de 1 600 m2 au sommet d’une colline, offrant une position dominante sur la plaine du Comtat Venaissin. Son organisation spatiale incluait une église voûtée, une chapelle, et des éléments défensifs reflétant son double rôle religieux et militaire. Les fouilles et restaurations récentes, menées notamment par le Laboratoire d’Archéologie Médiévale Méditerranéenne, permettent de mieux comprendre son évolution entre le Moyen Âge et l’époque moderne.