Origine et histoire du Monastère Notre-Dame de Val Paradis
Le monastère Notre-Dame de Val Paradis trouve ses origines au milieu du XIIe siècle. Vers 1155, le moine Bertrand de Civray, dit Bertrand de Griffeuille, originaire du Poitou, fonde un oratoire nommé Ispaniacus (Espagnac) sur les rives du Célé, près de l’église de Brengues. Ce lieu, concédé par le vicomte de Calvignac, devient un prieuré sous l’invocation de Notre-Dame. Avant sa mort en 1169, Bertrand, souhaitant une vie érémitique, lègue ses fondations aux chanoines augustins de l’abbaye Notre-Dame de La Couronne, près d’Angoulême. Son oratoire d’Estorrotz, probablement situé dans le Cantal, marque la fin de sa première fondation.
Une seconde fondation intervient en 1210 sous l’impulsion d’Ademar, abbé de La Couronne. Élisabeth, première prieure, installe une communauté de chanoinesses augustiniennes à Espagnac. La prieure doit être élue puis confirmée par les seigneurs d’Hébrard de Saint-Sulpice, liés à l’abbaye. Ce monastère féminin s’inscrit dans le mouvement de réforme religieuse du XIIIe siècle, où les ordres canoniaux se développent sous la protection des familles nobles locales.
La troisième fondation, au tournant du XIVe siècle, est marquée par la reconstruction du monastère sous la protection d’Aymeric Hébrard de Saint-Sulpice, évêque de Coïmbra. L’église Saint-Augustin, achevée vers 1289, intègre le tombeau de l’évêque, érigé avant 1295. Le chevet, reconstruit entre 1320 et 1340, porte les armoiries des Cardaillac-Brengues, famille influente liée au pape Jean XXII. Les chapelles latérales datent de la première moitié du XIVe siècle. Au XVIIe siècle, une restauration partielle laisse la moitié occidentale en ruines, réduisant l’église à son chevet et une partie de la nef.
Le monastère, inscrit aux monuments historiques en 1925, conserve des éléments remarquables comme la porte fortifiée et les appartements de la prieure. Son histoire reflète les liens entre pouvoir religieux, noblesse locale et architecture médiévale, ainsi que les transformations subies au fil des siècles. Les vestiges actuels témoignent de son rôle central dans la vie spirituelle et sociale de la région, depuis sa fondation cistercienne jusqu’à son déclin progressif.
Les sources historiques, notamment les travaux d’Edmond Albe et Louis d’Alauzier, soulignent l’importance des armoiries et des gisants pour dater les reconstructions. Le tombeau de Gaillard de Cardaillac (mort en 1359), archidiacre de Rodez, confirme l’influence durable de cette famille. Le monastère, aujourd’hui propriété communale, reste un témoignage majeur du patrimoine religieux et architectural du Quercy.