Origine et histoire du Monastère royal de Brou
Le monastère royal de Brou, situé à Bourg-en-Bresse dans le département de l'Ain, est un complexe religieux emblématique du début du XVIe siècle. Fondé par Marguerite d'Autriche, duchesse de Savoie et gouvernante des Pays-Bas bourguignons, il fut érigé entre 1506 et 1532 en hommage à son époux Philibert le Beau et pour honorer un vœu de sa belle-mère, Marguerite de Bourbon. L'ensemble, de style gothique brabançon, comprend une église dédiée à saint Nicolas de Tolentin et trois cloîtres, conçus par des artistes nord-européens comme l'architecte Louis van Bodeghem.
Le site de Brou, occupé depuis l'Antiquité, abritait déjà un prieuré fondé au Xe siècle par saint Gérard, évêque de Mâcon. Dépeuplé au XIVe siècle, il fut cédé en 1319 au comte Amédée V de Savoie. Marguerite d'Autriche, après la mort prématurée de Philibert en 1504, acheta le prieuré en 1506 et y lança la construction du monastère actuel, supervisée depuis Malines. Elle y prévoyait d’achever ses jours, mais mourut en 1530 avant son achèvement.
L’église, classée dès 1862, et les cloîtres (classés en 1889 et 1935) abritèrent des Augustins jusqu’à la Révolution. Sauvé de la destruction par Thomas Riboud en 1794, le monastère devint un séminaire au XIXe siècle, puis le musée municipal de Bourg-en-Bresse en 1922. En 2014, il fut élu « monument préféré des Français », reconnaissant son importance patrimoniale et artistique.
Les bâtiments monastiques, propriétés de la ville, exposent aujourd’hui des collections de sculptures religieuses (XIIIe–XVIIe siècles) et de peintures (XVIe–XXe siècles). Le site conserve aussi des traces archéologiques, comme des sarcophages antiques et des carreaux de faïence du XVIe siècle, témoins de son histoire millénaire. Une grille en fer forgé du XVIIIe siècle, classée en 1950, orne désormais le parc de la Visitation.
Marguerite d’Autriche, figure centrale du projet, y repose aux côtés de Philibert le Beau et de Marguerite de Bourbon. Son mécénat, mêlant influences flamandes et savoyardes, fit de Brou un joyau architectural unique en France. Le monastère illustre aussi les liens politiques entre la Savoie, les Pays-Bas bourguignons et l’Empire au début de la Renaissance.
La conservation du site fut marquée par des épisodes clés : sa protection sous la Révolution, son acquisition par le diocèse en 1823, et sa laïcisation en 1905. Aujourd’hui, le monastère allie patrimoine religieux, muséal et urbain, attirant visiteurs et chercheurs pour son histoire, son art et son rôle dans la mémoire collective.