Origine et histoire du Monastir
Le prieuré Saint-Estève, dit Monastir del Camp — « le monastère du Champ » en catalan — est un ancien monastère des Pyrénées-Orientales, considéré comme un des joyaux de l’art roman catalan. Selon la légende, il aurait été fondé à la fin du VIIIe ou au début du IXe siècle à la demande de Charlemagne après sa victoire sur les Sarrasins près de Passa, mais l’établissement est vraisemblablement postérieur de près de deux siècles à cet épisode. La tradition rapporte aussi le miracle du « Riu del Miracle », où un soldat aurait fait jaillir une source en plantant son épée dans le lit asséché d’une rivière, et la construction d’une chapelle en reconnaissance à la Vierge. Historiquement, une communauté de chanoines de saint Augustin fut installée sur le site aux environs de 1116 par Artal II, évêque d’Elne ; le prieuré devint par la suite un monastère bénédictin et resta en activité jusqu’en 1786. L’église actuelle a été édifiée sur l’emplacement d’une chapelle plus ancienne dédiée à sainte Marie, attestée en 1087 et 1090, ce qui situe sa construction entre 1090 et 1116. Elle présente une nef unique couverte d’un berceau en plein cintre, voûtée au siècle suivant, et une chapelle latérale voûtée sur croisées d’ogives ajoutée au mur nord au XIIIe siècle. Les bâtiments conventuels, datés des XIIe et XIIIe siècles, montrent notamment des fenêtres géminées dans l’aile ouest, et au centre s’ouvre un cloître gothique aux arcades trilobées construit en 1307. Le portail occidental, en marbre blanc de Céret et mis en place à la fin de l’époque romane (dernier tiers du XIIe siècle), comporte une double archivolte reposant sur quatre colonnes aux chapiteaux sculptés. Ces chapiteaux, taillés dans le marbre et attribués au Maître de Cabestany ou à des sculpteurs de son atelier, figurent des monstres humains ou animaux, des joueurs de trompe comparables à ceux de Rieux-Minervois, et un chapiteau singulier représentant un personnage présentant une croix à une femme richement parée, motif interprété tantôt comme l’Invention de la Croix par sainte Hélène, tantôt comme une Annonciation, cette seconde hypothèse étant cohérente avec la dédicace mariale du prieuré. Le bandeau extérieur de l’archivolte juxtapose des plaques de marbre aux motifs variés sans continuité décorative stricte. Une porte méridionale assure la communication entre l’église, le cloître et les bâtiments conventuels ; la chapelle latérale conserve deux plaques tombales dédiées à Sibille de Atciao et à Béatrice de Taltavull, filles de Guillaume de Sarragossa, Béatrice étant décédée en 1292. Le prieuré fut sécularisé par bulle pontificale de Clément VIII en 1592, puis vendu après le départ de la communauté à la famille Jaubert de Passa ; pendant la Révolution ses habitants se réfugièrent en Espagne et le monastère fut transformé en hôpital. Classé parmi les monuments historiques par la liste de 1875, le Monastir del Camp a, à la fin des années 2010, été acquis par un nouveau propriétaire qui a ouvert le site à des événements culturels et créé un musée du Christ. Inséré dans une grande bâtisse à l’allure de forteresse, le prieuré se signale par sa façade austère, sa tour d’angle crénelée et la présence de nombreuses épitaphes et inscriptions funéraires datant des XIIe au XIVe siècles, témoins de son importance architecturale et sculpturale.