Origine et histoire
Le mont Faron est un massif calcaire culminant à 584 mètres, surplombant Toulon dans le Var. Son nom, attesté depuis le XIIIe siècle (provençal Faro), dériverait de farot, désignant une tour de guet côtière. Au Moyen Âge, il abritait des vermellières, zones protégées où l’on récoltait le kermès, une cochenille produisant un colorant rouge vermillon, activité majeure pour l’économie locale jusqu’au XVIe siècle. Ces vermillières, strictement réglementées, interdisaient le pâturage et l’abattage d’arbres sous peine d’amendes sévères.
Sous l’Empire romain, Toulon (alors Telo Martius) était l’un des deux centres impériaux de teinture pourpre, grâce à l’exploitation du murex, un coquillage de la rade. Cette industrie, extrêmement lucrative, disparut en raison de la surexploitation : environ 8 000 murex étaient nécessaires pour 1 gramme de teinture. Au Ve siècle, un texte mentionne encore un procurator baphii telonensis, administrateur de la teinturerie. La transition vers le kermès au Moyen Âge suggère une continuité industrielle, bien que les liens exacts restent débattus.
Le mont fut progressivement déboisé à partir du XVIe siècle, en raison du pâturage intensif, des incendies et de la déforestation. Des rapports des XVIe–XVIIIe siècles décrivent un paysage stérile, où seuls quelques arbres inaccessibles subsistaient. En 1860, une loi sur les reboisements permit à Émile Vincent, inspecteur des forêts, de restaurer la couverture végétale à partir de 1864. Le site fut classé en 1991 pour sa biodiversité, intégrant une ZNIEFF de 850 hectares.
Stratégiquement, le Faron fut fortifié aux XVIIe–XVIIIe siècles pour protéger l’accès maritime et terrestre au port militaire de Toulon. Neuf forts y furent construits, dont la tour Beaumont (1845), aujourd’hui musée du Débarquement allié du 15 août 1944. Ce mémorial, inauguré en 1964, commémore la libération de la région lors de l’opération Anvil Dragoon. Le sommet, accessible par téléphérique ou route, offre une vue spectaculaire sur la rade.
Le mont Faron est aussi un lieu emblématique du cyclisme, avec des ascensions réputées (Tour de France 1957, Paris-Nice, Tour méditerranéen). Ses pistes de VTT, ses falaises d’escalade (jusqu’à 150 m) et son Trou de diable (cavité spéléologique de 85 m) en font un site sportif et touristique majeur. Le zoo, spécialisé dans les félins, et les vestiges des vermillières rappellent son histoire multiséculaire.