Origine et histoire
Le mont Sainte-Odile, situé à Ottrott dans le Bas-Rhin, culmine à 764 mètres et domine la plaine d'Alsace. Il abrite l'abbaye de Hohenbourg, fondée au VIIe siècle par sainte Odile, fille du duc d'Alsace Etichon-Adalric. Ce couvent, transformé à partir d'un château familial, devint un lieu de pèlerinage majeur, attirant 1,3 million de visiteurs annuels. Le site inclut aussi le « mur païen », une enceinte cyclopéenne de 11 km dont la datation (VIIe siècle) et la fonction (défensive ou cultuelle) restent débattues.
Le « mur païen », classé monument historique en 1840, est composé de 300 000 blocs de pierre et atteint par endroits 3 mètres de hauteur. Initialement attribué à l'âge du bronze ou au IIe siècle av. J.-C., des analyses récentes suggèrent une construction au VIIe siècle, bien que cette datation puisse correspondre à une restauration. Le mur, qualifié de « païen » par le pape Léon IX, reste un mystère archéologique. L'abbaye, vendue comme bien national pendant la Révolution, fut rachetée en 1853 par l'évêché de Strasbourg et restaurée.
L'église conventuelle, dédiée à l'Assomption de la Vierge Marie, fut reconstruite en style baroque entre 1687 et 1696 après plusieurs incendies. Consacrée en 1696, elle abrite un orgue installé en 1964 et un clocher de 1924 surmonté d'une statue de sainte Odile, œuvre d'Alfred Klem. Classée monument historique en 1997, elle fut érigée en basilique mineure en 2006 par le pape Benoît XVI. Le site comprend aussi un chemin de croix monumental (1933-1935) et une source réputée guérir les maladies oculaires, liée à la légende de sainte Odile.
Le mont Sainte-Odile fut également un lieu de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, abritant des membres du Front de la jeunesse alsacienne (FJA). L’abbé Marcel Hirlemann, en charge du site, y joua un rôle actif. En 1992, une catastrophe aérienne sur la montagne voisine de la Bloss fit 87 morts, marquant tragiquement l’histoire récente du site. Aujourd’hui, le mont reste un symbole culturel et spirituel de l’Alsace, offrant un panorama exceptionnel jusqu’à la Forêt-Noire et les Alpes.
Le bloc gnomonique, sculpté au XVIIIe siècle par les moines cisterciens de Neubourg, fut transféré au mont en 1935. Ce cadran solaire, composé de 24 cadrans, illustre l’héritage scientifique et religieux du site. La chapelle des Rochers, construite pour l’Exposition Internationale des Arts décoratifs de 1925, fut détruite vers 1970, mais son soubassement subsiste. Ces éléments témoignent de la richesse historique et artistique du mont Sainte-Odile, entre légendes, foi et résistance.