Origine et histoire du Monument à Georges Clemenceau
Le monument à Georges Clemenceau à Sainte-Hermine (Vendée) est un hommage au 'Père la Victoire', surnommé aussi 'le Tigre', pour son rôle durant la Première Guerre mondiale. Érigé au 1er quart du XXe siècle, il est l’œuvre du sculpteur François-Léon Sicard, un proche de Clemenceau, assisté plus tard par Paul Belmondo pour des restaurations. Le projet naît en 1920 via une souscription publique locale, avec une pétition adressée au préfet de Vendée. Le monument, taillé dans un bloc de calcaire bourguignon, représente Clemenceau en manteau et chapeau mou, dominant une tranchée où six poilus le contemplent, symbolisant son lien avec les soldats.
L’inauguration a lieu le 2 octobre 1921 en présence de Clemenceau lui-même, sur un carrefour stratégique (anciennes routes nationales 137 et 148). Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1941, des soldats allemands vandalisent la statue, décapitant Clemenceau. La tête, conservée à Saint-Vincent-sur-Jard, est restaurée en 1942 par Belmondo, puis à nouveau en 1955. En 1966, le monument est surélevé lors de travaux routiers. Classé aux monuments historiques en 1998, il reste un symbole local, lié à l’enfance de Clemenceau à proximité (château de l’Aubraie à La Réorthe), où il exerça aussi comme médecin.
Sainte-Hermine, commune vendéenne marquée par la guerre de Vendée et la Révolution, a une histoire mouvementée. Le monument s’inscrit dans un contexte de reconstruction post-Grande Guerre et de mémoire des conflits. Clemenceau, figure controversée mais respectée, y est honoré pour son attachement à la région. Le choix du carrefour, aujourd’hui moins central depuis le déclassement des routes nationales, reflète l’importance passée de la ville comme nœud de communication entre Nantes, Niort et La Rochelle.
Le monument a survécu à des tentatives de destruction, comme celle de l’OAS en 1965 lors d’une visite du général de Gaulle. Il attire des personnalités politiques (Vincent Auriol, Jacques Chirac) et incarne la résistance républicaine. Son iconographie, mêlant tranchée et figure civile, illustre le rôle de Clemenceau comme lien entre le front et l’arrière. La restauration de 1942 par les occupants allemands, bien que paradoxale, souligne son statut de patrimoine à préserver, même pour l’ennemi.
Architecturalement, l’œuvre de Sicard se distingue par son unité : un bloc monolithe représentant à la fois le leader et les soldats, sans hiérarchie visuelle excessive. Le calcaire de Pouilleray, choisi pour sa durabilité, a résisté aux outrages du temps. Le tertre fleuri ajouté en 1966 renforce sa visibilité, malgré le déclin de l’ancien carrefour. Aujourd’hui, le monument reste un point de mémoire locale, associé au festival d’Histoire de France de Sainte-Hermine et à la maison Clemenceau de Saint-Vincent-sur-Jard, où sa tête restaurée est conservée.