Origine et histoire
Le monument aux morts de Montbéliard, situé dans le square du Souvenir, est un hommage aux 376 soldats de la commune tombés pendant la Première Guerre mondiale. Il prend la forme d’un obélisque surmonté d’un buste de poilu, symbole de victoire et d’héroïsme, entouré d’une branche de laurier. À sa base, une allégorie féminine, la diaichotte, vêtue du costume traditionnel montbéliardais, offre des fleurs et des épis de blé au soldat, évoquant la résurrection et la reconnaissance de la ville. Les usines en arrière-plan rappellent l’importance industrielle de Montbéliard, notamment avec les usines Peugeot, actives durant l’effort de guerre. Les sculptures, en marbre de Carrare, sont l’œuvre d’Armand Bloch, tandis que l’architecte Maurice Boutterin conçoit l’ensemble.
Le projet initial, lancé en 1919, est d’abord abandonné en 1921 avant d’être relancé en 1922. Inauguré en 1924 près du château, le monument est déplacé en 1992 vers son emplacement actuel, où il rejoint d’autres mémoriaux, dont celui de la guerre de 1870, également sculpté par Bloch. L’inscription sobre « Montbéliard à ses enfants » reflète la volonté des habitants de célébrer l’héroïsme plutôt que la mort. Classé monument historique en décembre 2022, il incarne la mémoire collective et le patrimoine industriel et culturel de la ville.
Armand Bloch (1866-1933), sculpteur montbéliardais formé à Paris, réalise onze monuments commémoratifs en Franche-Comté après 1918, souvent pour des communes proches. Son style allie symbolisme (lauriers, allégories) et réalisme (costumes traditionnels, paysages industriels). Maurice Boutterin (1882-1970), architecte bisontin et Grand Prix de Rome, supervise la conception du monument, intégrant les demandes locales : éviter l’évocation directe de la mort et privilégier la gloire patriotique. Leur collaboration illustre les tensions entre art commémoratif et attentes communautaires, dans une région marquée par l’industrie et le luthéranisme.
Le square du Souvenir, aménagé dans les années 1930, regroupe aujourd’hui plusieurs mémoriaux, dont celui du 21e bataillon de chasseurs à pied. Le déplacement de 1992, lié à un réaménagement urbain, suscite des débats, mais permet de créer un espace dédié à la mémoire des conflits du XXe siècle. Les matériaux nobles (marbre de Carrare, bronze) et les symboles (fleurs, épis, lauriers) soulignent la dimension à la fois locale et universelle de ce monument, à la fois lieu de deuil et de fierté citoyenne.