Origine et histoire
Le monument aux morts de Valence, situé dans le département de la Drôme en région Auvergne-Rhône-Alpes, a été conçu en 1919 par une commission municipale. L'architecte Henri Joulie, prix de Rome et natif de Valence, a imaginé un ensemble monumental en trois parties : une double colonne surmontée d'une Victoire ailée, une stèle gravée des noms des soldats, et un poilu en gisant symbolisant le sacrifice. Les sculptures, dont la Victoire et le poilu, sont l’œuvre de Gaston Dintrat, sculpteur drômois installé à La Roche-de-Glun. Le monument a été inauguré le 24 mars 1929, après une décennie de travail.
Le monument s’inscrit dans une composition paysagère au sein du parc Jouvet, labellisé jardin remarquable. Il se distingue par son intégration harmonieuse entre mémoire et loisirs, bien que cette dualité ait parfois posé des défis. La Victoire ailée, visible depuis plusieurs points de la ville, domine l’ensemble, tandis que le poilu, stylisé mais réaliste dans ses détails (comme la sacoche sous sa tête), repose sous un édicule orné de feuilles de chêne et de laurier, inspirées de l’Art déco. Deux stèles supplémentaires, dédiées aux victimes de la Seconde Guerre mondiale et aux déportés, ont été ajoutées ultérieurement dans le même esprit esthétique.
Classé monument historique depuis le 25 mars 2022 (après une inscription en 2019), ce monument illustre la collaboration entre Joulie et Dintrat, deux figures majeures de l’art régional. Les archives familiales de Joulie, incluant des dessins et une maquette, révèlent l’ambition paysagère initiale, partiellement occultée aujourd’hui par des aménagements postérieurs. Les armes de la ville, gravées sur le soubassement, ancrent l’œuvre dans l’identité locale, tandis que les médaillons de poilus (jeune et âgé) sur la stèle soulignent l’universalité du deuil.
Le monument aux morts de Valence incarne à la fois un hommage solennel et une réflexion sur la mémoire collective. Son classement récent témoigne de sa valeur patrimoniale, alliant art funéraire, symbolisme républicain et intégration urbaine. Les ajouts ultérieurs (stèles de 1939-1945 et des déportés) montrent une volonté de préserver l’unité stylistique, malgré l’évolution des conflits commémorés. Le parc Jouvet, lieu de recueillement et de détente, reste un espace où se croisent histoire et quotidien.