Origine et histoire du Monument expiatoire
Le monument expiatoire de Lorient, appelé Croix de la Vérité ou Croix de La Perrière, est situé dans le quartier de Kergroise et figure parmi les quatre monuments classés de la ville. Il a été élevé au XVIIIe siècle sur le lieu où deux ciboires volés dans l'église paroissiale avaient été retrouvés et enterrés. L'affaire concerne le marin génois Giacomo Gropallo, venu à Lorient en 1710 et auteur du vol et de la profanation ; son procès aboutit à une condamnation capitale exécutée en 1711. Informé, l'abbé Le Livec et l'évêque de Vannes, François d'Argouges, firent ériger le monument, dont le dessin fut réalisé avec le concours de l'Académie des inscriptions ; trois plaques en français, latin et breton portaient un texte expiatoire. Le monument primitif, implanté à La Perrière sur un terrain appartenant aux oratoriens de Nantes, fut décrit comme pyramidal légèrement incurvé, à arêtes abattues, et surmonté d'une croix. Les origines de Giacomo Gropallo sont liées à la famille Gropallo, originaire de Varese Ligure, établie à Gênes après 1260 et inscrite parmi les maisons patriciennes du Liber nobilitatis Genuensis ; des membres de cette famille exercèrent des fonctions maritimes et commerciales. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les relations entre les autorités municipales et religieuses se tendirent à Lorient dans un climat politique marqué par l'anticléricalisme et l'application de la loi de 1905. Dans ce contexte, les services municipaux dirigés par le maire Louis Nail détruisirent la croix le 22 septembre 1906, geste qui provoqua une vive polémique et entraîna des procédures judiciaires. Le propriétaire du terrain, la famille Morin, engagea plusieurs procès pour contester l'opération ; une première décision de justice de paix donna raison à la ville, mais la Cour de cassation donna finalement gain de cause au plaignant en novembre 1908. Le monument fut réinstallé à son emplacement initial en 1917. Dans les années 1920, la famille Morin céda la parcelle portant le monument à l'association diocésaine de Vannes ; une autre partie fut acquise par la société Saint-Gobain, qui participa ensuite à la consolidation du site par la construction de murs, d'une grille et d'un escalier. Construit en pierres de granite, le monument présente une pyramide légèrement incurvée aux arêtes abattues et porte une croix métallique ; son soubassement accueille les inscriptions expiatoires en français, latin et breton. Il est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 13 avril 1944. Après-guerre, la municipalité envisagea en 1947 sa destruction pour le passage d'une route, mais l'avis défavorable de l'architecte des monuments de France empêcha cette opération. Finalement déplacé en 1953, il se trouve aujourd'hui à quelques centaines de mètres de l'emplacement qu'il occupait en 1917, sur le même côté de la chaussée, après le pont de Carnel et en face de l'école supérieure d'art. Le périmètre de protection du monument a été modifié à la suite d'une étude menée en mai 2011.