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Monument expiatoire de Lorient dans le Morbihan

Patrimoine classé Patrimoine religieux Monument

Monument expiatoire de Lorient

    Avenue Perrière
    56100 Lorient
Propriété d'une association
Monument expiatoire de Lorient
Monument expiatoire de Lorient
Crédit photo : XIIIfromTOKYO - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1700
1800
1900
2000
1710
Vol des ciboires
5 février 1711
Exécution de Gropallo
1711
Construction du monument
22 septembre 1906
Destruction par la municipalité
1908
Victoire juridique de Morin
1917
Réinstallation du monument
13 avril 1944
Classement monument historique
1953
Déplacement du monument
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Monument expiatoire (cad. CH 70) : inscription par arrêté du 13 avril 1944

Personnages clés

Giacomo Gropallo - Marin génois et voleur Condamné pour vol de ciboires en 1710.
François d'Argouges - Évêque de Vannes Commanditaire du monument expiatoire.
Abbé Le Livec - Curé de Saint-Louis Initiateur de la demande de monument.
Louis Nail - Maire de Lorient (1906) Ordonne la destruction du monument.
Joseph Morin - Propriétaire du terrain (1798) Ancêtre du plaignant contre la destruction.
Émile Combes - Homme politique anticlérical Contexte des tensions Église-État en Bretagne.

Origine et histoire

Le monument expiatoire de Lorient, aussi nommé Croix de la Vérité ou Croix de La Perrière, est érigé au XVIIIe siècle dans le quartier de Kergroise, à Lorient (Morbihan). Il commémore un événement tragique : en 1710, le marin génois Giacomo Gropallo, membre de l'équipage de La Galatée, dérobe deux ciboires dans l'église de la ville, les cachant dans les landes voisines. Arrêté et condamné à mort pour profanation, ses cendres sont dispersées après son exécution en 1711. À la demande de l'abbé Le Livec et de l'évêque de Vannes, François d'Argouges, le monument est construit sur le lieu de la découverte des objets sacrés, avec des inscriptions en français, latin et bas-breton.

La structure pyramidale en granite, surmontée d'une croix, symbolise l'expiation de ce sacrilège. Au début du XXe siècle, dans un contexte de tensions entre l'Église et l'État (loi de 1905), la municipalité de Lorient, dirigée par le maire radical Louis Nail, détruit le monument en 1906. Cette décision déclenche un long conflit juridique avec le propriétaire du terrain, Morin, dont la famille possède les lieux depuis 1798. Après une décision de la Cour de cassation en 1908, la croix est rétablie en 1917, puis déplacée en 1953 pour des raisons urbaines.

Le monument incarne les rapports complexes entre pouvoir politique et religieux en Bretagne. Sa destruction reflète l'anticléricalisme municipal de l'époque, tandis que sa restauration illustre la persistance des attaches locales à l'histoire religieuse. Classé en 1944, il reste l'un des quatre monuments historiques de Lorient. Aujourd'hui situé avenue de la Perrière, il diffère légèrement de son emplacement originel, mais conserve sa fonction mémorielle.

L'affaire Gropallo révèle aussi des aspects sociaux : le marin, issu d'une famille patricienne génoise (les Gropallo, inscrits au Liber nobilitatis Genuensis), incarne un déclassement paradoxal. Condamné pour un vol commis dans un port militaire en pleine guerre de Succession d'Espagne, son cas montre la sévérité de la justice royale face aux crimes contre l'Église. Le monument, conçu par l'Académie des inscriptions, mêle ainsi dimensions locale (bretonne), nationale (française) et européenne (génoise).

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