Origine et histoire
L’allée couverte de Saint-Eugène, située sur la commune de Laure-Minervois dans l’Aude, est un monument mégalithique exceptionnel daté du Chalcolithique. Ce grand dolmen à couloir, orienté sud-nord, se compose de trois parties distinctes : un couloir de 4 mètres, une antichambre de 5,60 mètres et une chambre funéraire de 5 mètres. L’ensemble, bordé d’orthostates, était initialement recouvert de tables de pierre aujourd’hui disparues. Un tumulus circulaire de 22 mètres de diamètre, consolidé par 20 dalles levées, entoure la structure. Selon l’archéologue Jean Guilaine, il s’agit davantage d’un « dolmen à couloir » que d’une allée couverte classique, en raison de son rétrécissement progressif vers l’entrée.
Le site a été fouillé entre 1924 et 1928 par Germain Sicard, qui y a découvert les restes d’environ 300 individus ainsi qu’un mobilier funéraire remarquable : objets en cuivre (poignard, alènes, anneaux), perle en or, pointes de flèches en silex et obsidienne, pendeloques, et céramiques incisées. Ces artefacts, complétés par les fouilles de Jean Guilaine en 1964 (perles en calcaire, stéatite, tessons de poterie), datent d’une période charnière entre le Chalcolithique et le début de l’âge du bronze. Le monument, violé dès l’époque romaine (traces d’amphores), témoigne de pratiques funéraires collectives et d’échanges culturels à grande échelle.
Classé monument historique par arrêté du 12 novembre 1931, le dolmen de Saint-Eugène a bénéficié d’une restauration en 1964 sous la direction de Jean Guilaine. Les travaux ont permis de stabiliser la structure et d’affiner les connaissances sur son architecture et son usage. Les découvertes archéologiques, aujourd’hui conservées et étudiées, offrent un éclairage précieux sur les sociétés préhistoriques du sud de la France. L’édifice illustre ainsi l’évolution des pratiques funéraires entre le Néolithique final et l’âge des métaux, marquant une transition vers des sociétés plus hiérarchisées.
Le mobilier exhumé comprend également des éléments symboliques ou rituels, tels que 17 palettes en schiste vert, des coquillages perforés (porcelaines et cardium), et des dents animales (sanglier, bovidés, cervidés). Ces objets suggèrent des croyances complexes liées à la mort et à la protection des défunts. La diversité des matériaux (or, cuivre, obsidienne, schiste) atteste de réseaux d’approvisionnement étendus, reliant la région à des zones lointaines comme la Méditerranée ou les Alpes. Le site, aujourd’hui accessible, reste un témoignage majeur du mégalithisme occitan.