Origine et histoire de la Mosaïque au dieu Océan
La mosaïque au dieu Océan du domaine de Saint-Girons est une œuvre gallo-romaine de 20 m2 découverte en 1979 à Maubourguet (Hautes-Pyrénées). Elle date de la fin du IVe ou du début du Ve siècle et appartenait au décor d’un frigidarium (bassin d’eau froide) d’une villa aristocratique. Son emblema central représente Ôkeanos, dieu grec des Océans, entouré de poissons, poulpes et dauphins, symbolisant la maîtrise des eaux. Les fouilles ont aussi révélé des sépultures et sarcophages, suggérant une réutilisation du site comme lieu de culte chrétien tardif, en lien avec l’hagiotoponyme Saint-Girons (Sanctus Girontius).
La découverte fut initiée en 1971 par Sylvain Doussau, archéologue amateur, après la mise au jour de tuiles et céramiques antiques. En 1979, Yves Fraysse, entrepreneur local, exhume une partie de la mosaïque lors de travaux. Doussau, aidé de Roland Coquerel (correspondant des antiquités) et Jean Guilhas (futur maire), dégagent l’emblema et confirment son importance. En 1980, le site est classé monument historique, mais la mosaïque reste enfouie jusqu’en 2005 pour des raisons de conservation.
Entre 2005 et 2010, la mosaïque est déposée, restaurée, puis réinstallée dans un espace muséographique inauguré en 2011. Les murs antiques entourant le dallage, large de 70 cm, sont aussi reconstitués. Ce projet, porté par Jean Guilhas, vise à préserver et valoriser ce témoignage rare de l’art mosaïste tardif en Gaule, mêlant mythologie païenne et transition vers le christianisme.
Les études menées par Catherine Balmelle (CNRS) en 1979 ont révélé des techniques de mosaïque polychrome sophistiquées, typiques des élites gallo-romaines. La présence de coquillages stylisés en bordure et d’animaux marins souligne l’influence méditerranéenne. Le site, fouillé en 2003, a aussi livré des indices d’une occupation continue jusqu’à l’Antiquité tardive, comme en attestent les sépultures adjacentes.
Aujourd’hui, la mosaïque est la pièce maîtresse du musée de Maubourguet. Elle illustre le syncrétisme religieux de l’époque, entre culte païen des eaux (Océan) et émergence du christianisme (sépultures). Son iconographie, rare en Aquitaine, en fait un patrimoine majeur de l’Occitanie, classé depuis 1980 et étudié dans des revues comme Gallia ou les Dossiers d’Archéologie.