Origine et histoire du moulin à couleurs
Le moulin à couleurs de Prix-lès-Mézières, situé en bord de Meuse dans les Ardennes, est un ensemble industriel remontant à la 2e moitié du XIXe siècle. À l’origine, le site abritait une forge à canons (XVIIIe siècle), puis une fonderie de cuivre (XVIIe) et une dépendance de la manufacture d’armes de Nouzonville. En 1859, les trois moulins (haut, médian, bas) sont convertis en usine de préparation de couleurs minérales par Pierre Colin, marquant leur apogée industrielle.
Le Grand Moulin, construit en pierre calcaire avec un toit en pavillon, utilisait une roue hydraulique alimentée par un bief voûté. Le moulin du Milieu, doté de trois paires de meules et d’un toit à longs pans brisés, servait au conditionnement des pigments en tonneaux. Le site employait 9 ouvriers en 1883 et cessa progressivement son activité : moulin bas en 1918, moulin haut en 1925, et moulin médian en 1955. Les bâtiments, en moellon et enduit, conservent encore des meules horizontales et des éléments mécaniques.
L’histoire du site remonte au XIe siècle, lorsque le prieuré dépendant de l’abbaye Saint-Hubert y établit un moulin à farine, mentionné pour la première fois en 1517. Au XVIIe siècle, une batterie de cuivre y est installée, puis le site est loué à la Manufacture d’armes de Charleville à partir de 1702. Après la Révolution, les moulins deviennent biens nationaux et sont transformés en platinerie vers 1794 pour approvisionner la manufacture. Rachat en 1861 par Honoré-Victor Colin, qui achève leur conversion en moulin à couleurs.
Classé monument historique en 1995, le site protège aujourd’hui les façades, toitures, et éléments hydrauliques (bief voûté, supports de meules), ainsi qu’un pigeonnier et une ferme attitrée. Les calcinateurs et séchoirs, autrefois adjacents au moulin du Milieu, témoignent de l’organisation industrielle du XIXe siècle. Le moulin bas, avec ses deux étages en moellon, et le Grand Moulin, équipé d’une roue de 6 mètres de diamètre, illustrent l’ingénierie hydraulique de l’époque.
Les sources historiques, comme les travaux de Michel Coistia (Les Moulins à couleur des Ardennes, 1991) et Gérald Dardart (Prix-lès-Mézières. L’œuvre des moines de Saint-Hubert, 2001), documentent cette évolution. Le site, aujourd’hui désaffecté, reste un exemple remarquable de l’adaptation des moulins ardennais aux besoins industriels modernes, depuis la métallurgie jusqu’à la production chimique.