Origine et histoire du moulin de Cacrey
Le moulin fortifié de Cacrey, situé à Creysse dans le Lot, est un édifice médiéval construit entre les XIIIe et XIVe siècles par les seigneurs de Cazillac. Ce moulin atypique, alimenté par la résurgence du Cacrey (liée au réseau karstique de la Dordogne), se distingue par son absence de canal d’amenée et son architecture défensive, avec des meurtrières et des contreforts massifs. Il était initialement équipé de quatre paires de meules actionnées par des rouets, dont subsistent aujourd’hui deux meules scellées et des turbines en fonte du XIXe siècle.
Vers 1319, le moulin passe aux mains de la famille de Tournemire par le mariage de Bernard de Cazillac avec Raymonde de Tournemire, avant d’être contrôlé par les seigneurs de Mirandol dès 1327. Pendant la guerre de Cent Ans (1347-1378), Creysse est occupée par les troupes anglaises, mais le moulin reste opérationnel. Au XVe siècle, les Mirandol, comme Gaubert Faure et son épouse Bertrande de Leymonie, en affermant l’exploitation à des meuniers locaux. En 1459, Guillaume de Mirandol rend hommage au vicomte de Turenne pour ce « moulin fortifié de Capcreix », confirmant son statut de repaire noble.
Au XVIe siècle, le corps de logis en retour est ajouté, tandis que l’étage et les voûtes du rez-de-chaussée sont probablement modernisés. Le moulin reste dans la famille de Mirandol jusqu’au XVIIe siècle, où Honorée de Cosnac, veuve de François de Mirandol, en conserve la propriété. Il passe ensuite par alliance aux La Porte de Lissac (1734), puis aux Marqueyssac, qui l’afferment en 1780 au meunier Jean Montial, héritier d’une lignée de meuniers. Confisqué pendant la Révolution, il est vendu aux Roger de Martel avant 1792, puis retrouve une activité meunière jusqu’en 1935.
Transformé en habitation en 1939 après l’arrêt de son activité, le moulin est inscrit aux Monuments Historiques en 1996. Son système hydraulique, alimenté par une résurgence souterraine parcourant 6,5 km depuis la perte de Cuzance, en fait un témoignage rare des techniques médiévales adaptées aux contraintes géologiques du Quercy. Les vestiges conservés (meules, turbines, chambres d’eau) illustrent ses évolutions techniques, des rouets médiévaux aux turbines du XIXe siècle.
Architecturalement, le moulin se compose de deux corps de bâtiment en L : un moulin rectangulaire en pierre de taille (partie basse) et moellons (étage), et un logis du XVIe siècle. Les contreforts et l’absence de fenêtres au rez-de-chaussée soulignent son caractère défensif, tandis que les bretèches, partiellement remaniées, rappellent son rôle de repaire noble. Les sources écrites, comme les hommages féodaux aux vicomtes de Turenne, confirment son importance stratégique et économique pour les seigneurs locaux.