Origine et histoire du moulin de Lucy
Le moulin de Lucy, situé à Ribemont dans le département de l’Aisne, est un édifice emblématique du XIXe siècle, construit en 1840 par le meunier Niay. Ce moulin à farine, dernier survivant de la Vallée de l’Oise après la Première Guerre mondiale, se distingue par sa structure en briques roses et sa charpente en chêne. Il est alimenté par un système hydraulique complexe, incluant une turbine Francis installée vers 1900, remplaçant une roue à aubes d’origine. Son barrage, équipé de vannes manuelles, régule le débit de l’Oise sur un bassin versant de 1 500 km2, sujet à des crues fréquentes.
Au début du XXe siècle, le moulin est transformé en cotonnière par Julien Daltroff, industriel suisse spécialisé dans la teinture et le mercerisage de fils. L’activité perdure jusqu’en 1978 sous la marque La Cotonnière de Lucy-Ribemont, avant que le site ne soit racheté en 1981 par la famille de Bruyn. Celle-ci le réhabilite pour des usages environnementaux (ingénierie des milieux humides, formations) et énergétiques, tout en préservant son patrimoine industriel. Classé monument historique en 1993, le moulin est ouvert au public lors des Journées du Patrimoine, offrant un témoignage rare de l’industrie textile et hydraulique régionale.
Le droit d’eau du moulin, antérieur à la Révolution française, est redéfini en 1852 après la construction du canal de la Sambre à l’Oise. Ce règlement fixe le niveau amont de la retenue à 67,79 m NGF, maintenu par un déversoir et dix vannes manuelles. Ces aménagements, encore opérationnels, illustrent l’ingénierie hydraulique du XIXe siècle, adaptée aux crues hivernales et aux orages estivaux. La turbine Francis, toujours en service, produit 40 kW d’électricité, tandis que le barrage crée une fosse profonde de 5 à 6 mètres, témoin des siècles d’activité meunière et industrielle.
L’architecture du moulin combine robustesse et fonctionnalité : murs de 80 cm d’épaisseur à la base, 90 fenêtres à arceaux en pierre bleue des Ardennes, et une charpente en chêne supportant cinq niveaux. Le site, situé au hameau de Lucy, occupe l’emplacement d’un moulin médiéval dépendant de l’Abbaye Saint-Nicolas-des-Prés dès le XIe siècle. Cette continuité historique, couplée à sa reconversion écologique, en fait un symbole de la transition entre patrimoine industriel et développement durable.
La protection du moulin en 1993 couvre ses façades, toitures, le barrage avec son vannage, la turbine Francis et les éléments subsistants du système de transmission. Ces mesures préservent un ensemble technique cohérent, où se mêlent savoir-faire artisanal (renvoi d’angle en bois) et innovations industrielles (multiplicateur de vitesse à courroies). Aujourd’hui, le moulin de Lucy incarne à la fois un héritage meunier millénaire et une adaptation réussie aux enjeux contemporains de production d’énergie renouvelable.