Origine et histoire du moulin du Cosquer
Le moulin du Cosquer, aussi appelé moulin de Bili-Gwenn, est un moulin à marée situé sur la rive droite du Jaudy, à Troguéry (Côtes-d'Armor). Son existence est attestée dès 1601 dans un aveu seigneurial, mais il était déjà en ruine à cette époque. Entièrement reconstruit en 1840 par les frères Le Goaster, marchands de Tréguier, il intègre alors un magasin à grains (1841) et adopte une architecture adaptée aux nouvelles techniques de meunerie utilisant la gravité. Ce moulin, devenu la minoterie Thomas, a fonctionné jusqu’en 1991, marquant l’évolution technologique avec l’installation d’une turbine en 1903, d’un moteur diesel en 1932, et une électrification en 1938, tout en conservant l’énergie marémotrice comme source auxiliaire.
Le site comprend le moulin proprement dit, un magasin à grains, une digue avec quai d’embarquement, et des dépendances comme une écurie et un pigeonnier. Son plan rectangulaire à trois niveaux, en moellon de grès et schiste avec des chaînes d’angle en granite, reflète une construction soignée. La façade sud, symétrique avec un fronton triangulaire, et les machines intérieures (silos, meules, turbine) témoignent de son rôle central dans la production farinière régionale. Classé monument historique en 1999, il abrite aujourd’hui un musée des techniques de meunerie depuis le XIXe siècle, avec des machines et une digue potentiellement fonctionnelles.
L’histoire du moulin est marquée par plusieurs propriétaires influents : les frères Le Goaster (reconstruction en 1840), Jean-Marie Tolguen (ajout du magasin à grains en 1878), puis Édouard Guillon, qui agrandit la maison du meunier après 1890. En 1919, Charles Thomas et Yves Le Goff modernisent l’équipement, notamment avec une nouvelle turbine en 1921 et un moteur diesel en 1932, sous la supervision de l’ingénieur F. Jamet. Le moulin, l’un des plus productifs de la région avec 753 tonnes de farine annuelles au XIXe siècle, a fonctionné 264 marées par an, illustrant son importance économique jusqu’à sa fermeture en 1989.
Le moulin à mer de Bili-Gwenn apparaît pour la première fois dans une déclaration d’héritage de 1601 par Jean de Kerguezec, seigneur de Troguéry. Cartographié en 1770-1785 puis sur le cadastre de 1835, son ancien édifice, décrit en 1798, comportait une roue verticale extérieure et deux meules. La reconstruction de 1840 a transformé son système hydraulique, passant d’une roue verticale à une roue horizontale alimentée par un coursier. Ce moulin, qualifié de minoterie dès le XIXe siècle, symbolise l’adaptation des techniques traditionnelles aux innovations industrielles, tout en restant ancré dans son environnement marémoteur.
Classé au titre des monuments historiques le 20 décembre 1999, le moulin du Cosquer protège non seulement le bâtiment principal (hors aile sud-est du XXe siècle), mais aussi l’intégralité de ses machines, son magasin à grains, la digue avec son quai, et le mur de soutènement de l’étang. Ces éléments, encore en état de fonctionnement potentiel, offrent un témoignage rare de l’évolution technologique des moulins à marée en Bretagne, depuis leur origine seigneuriale jusqu’à leur industrialisation au XXe siècle.