Origine et histoire du moulin fortifié
Le moulin de Bagas, situé à 200 mètres au nord du bourg sur la rivière Dropt (affluent de la Garonne), est un moulin hydraulique du XIVe siècle doté de caractéristiques défensives. Construit sur un îlot, son pavillon d’entrée se trouve en rive gauche. Il appartenait au XVe siècle à une confrérie religieuse de La Réole avant de devenir propriété privée. Son architecture évoque un donjon isolé, avec une tour carrée de deux étages sur rez-de-chaussée, flanquée de quatre échauguettes octogonales aux angles. Ces éléments défensifs – meurtrières, portes ogivales, et ponts-levis – reflètent les besoins de protection des campagnes guiennoises, régulièrement traversées par des bandes armées pendant le Moyen Âge.
En 1436, le roi d’Angleterre Henri VI cède le moulin à Pierre Durant, écuyer, selon les Rôles Gascons. En 1488, Gailhard Andrieu, archidiacre de Blaye et chanoine de Bordeaux, l’intègre aux biens des prébendes de l’église de La Réole. Au XVIIe siècle, il est qualifié de « moulin noble » et appartient à la famille de Majance, qui en rend hommage aux seigneurs locaux comme le duc de Bouillon. Son système hydraulique, initialement composé de trois roues horizontales actionnant des meules (dont deux paires subsistent), servait aussi probablement de foulon. L’intérieur, remanié au XIXe siècle, perd son activité vers 1925-1930. Inscrit aux Monuments Historiques en 1926, il conserve des éléments pittoresques comme des fenêtres géminées subtrilobées et des meurtrières en croix.
La description de Léo Drouyn (XIXe siècle) souligne son rôle dans un réseau de petites forteresses rurales, essentielles pour protéger les ressources locales. Le moulin, placé près de l’église de Bagas, illustre l’adaptation des infrastructures économiques (meunerie) à des impératifs militaires. Son accès, jadis protégé par des ponts amovibles et des bras de rivière, témoigne d’une ingénierie défensive sophistiquée. Les échauguettes, aujourd’hui privées de leur couronnement, offraient des postes de tir couvrant les abords. Bien que désaffecté, le site reste un exemple remarquable de l’architecture utilitaire et militaire du sud-ouest médiéval, comparable aux maisons fortes régionales.
Les sources mentionnent également son inscription au titre des Monuments Historiques par arrêté du 7 janvier 1926, soulignant sa valeur patrimoniale. Une passerelle métallique moderne relie désormais le premier étage à la rive gauche, remplaçant les anciens ponts en bois. Le moulin, bien que privé, incarne la dualité entre fonction économique (meunerie, foulon) et rôle stratégique dans une région marquée par les conflits franco-anglais et les troubles locaux.