Origine et histoire du moulin Marion
Le moulin Marion, aussi appelé moulin de Courtelevant, est un moulin à eau alimenté par la rivière Vendeline, situé dans la commune de Courtelevant, dans le Territoire de Belfort. Ses origines remontent au XVIIe siècle, lorsqu’il appartenait aux seigneurs de Florimont. Devenu bien national pendant la Révolution française, il est acquis en 1805 par Jean-Pierre Marion, dont la famille le conserve encore aujourd’hui. Ce moulin, partiellement détruit par un incendie en 1855, est reconstruit l’année suivante avec une roue hydraulique et des bluteries modernes, marquants pour son évolution technique.
Avant 1855, le moulin était déjà un lieu de production farinière, mais sa modernisation en 1856 et son agrandissement en 1872 — avec l’ajout de machines à nettoyer le blé et de meules pour l’alimentation animale — reflètent son adaptation aux besoins industriels de l’époque. Cependant, face à la concurrence des minoteries régionales dans les années 1880, il cesse sa production commerciale de farine. Malgré cela, le site reste actif jusqu’au début du XXe siècle, avec une laiterie-beurrerie fonctionnant jusqu’en 1935, exploitée par la famille Marion.
Le moulin est inscrit aux monuments historiques en deux temps : d’abord le bâtiment et ses installations mécaniques en 1990, puis son réseau hydraulique en 2006. Depuis 1988, l’association « Les amis du Moulin de Courtelevant » œuvre pour sa restauration et son animation. Aujourd’hui, le moulin fonctionne à nouveau à des fins pédagogiques et touristiques, offrant des visites et démonstrations de son mécanisme d’origine, incluant une roue hydraulique de cinq mètres de diamètre et quatre niveaux de production conservés intacts.
Son architecture combine des éléments en moellon de calcaire, pans de bois et tuiles mécaniques, typiques des constructions industrielles rurales du XIXe siècle. Le canal d’amenée, long de plusieurs centaines de mètres, illustre l’ingéniosité hydraulique de l’époque, avec une pente calculée pour optimiser la force motrice de l’eau. La chaîne de production, organisée sur quatre étages — du système de transmission au rez-de-chaussée aux bluteries aux étages supérieurs —, témoigne d’une organisation méthodique du travail meunier.
La seigneurie de Florimont, dont dépendait initialement Courtelevant, fut cédée à la France par l’Autriche en 1648, plaçant le moulin dans un contexte historique plus large, marqué par les transformations territoriales et économiques de la Franche-Comté. Après sa nationalisation révolutionnaire, sa vente à la famille Marion en 1805 marque le début d’une ère de modernisation, ponctuée par des innovations techniques comme l’installation d’un mécanisme Courteau en 1840.
Aujourd’hui, le moulin Marion est un exemple rare de patrimoine industriel complet, préservé dans son intégralité grâce aux efforts associatifs et aux protections légales. Son ouverture au public et sa remise en état progressive depuis les années 1980 en font un lieu de mémoire vivante, où l’histoire technologique et sociale de la meunerie est accessible à tous.