Origine et histoire du Musée historique de la Papeterie
Le Moulin Richard de Bas, situé à Ambert dans le Livradois (Puy-de-Dôme), est l’un des plus anciens moulins à papier de France encore en activité. Son origine remonte à 1326, mais son nom provient d’une famille de papetiers du XVe siècle, les Richard, tandis que « Bas » désigne sa position géographique parmi six bâtiments alignés le long d’un bief. Ce site illustre l’apogée de l’industrie papetière régionale, où jusqu’à 400 usines produisaient du papier à partir de chiffons entre Thiers et Ambert. Le moulin, partiellement classé Monument historique depuis 1983, a conservé son outillage traditionnel, incluant une roue à aubes, des piles à maillets et une presse à cabestan en bois.
Entre 1400 et 1850, le moulin transformait des peaux animales en parchemin avant d’adopter des chiffons pour fabriquer une pâte à papier réputée. Au XVIIIe siècle, les bâtiments actuels (millésimés 1720 sur le portail) remplacent des structures médiévales, reflétant une architecture vernaculaire simple et fonctionnelle. En 1793, l’invention de la machine à papier marque le déclin des petits moulins, mais Richard de Bas survit grâce à son mécanisme intact et à sa spécialisation dans des papiers d’art, utilisés pour restaurer des œuvres ou imprimer des éditions prestigieuses, comme l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
En 1940, Marius Péraudeau (1906-1992), représentant en papeterie, rachète le moulin à l’abandon et le sauve de la disparition. Il y fonde en 1943 le Musée historique du papier et crée l’association La Feuille Blanche, accueillant des apprentis des métiers graphiques tout en abritant des résistants pendant la Seconde Guerre mondiale. Le maréchal Pétain y passe commande d’un papier filigrané à son emblème en 1940. Péraudeau collabore avec des artistes majeurs (Dali, Buffet, Cocteau) pour réaliser des œuvres exceptionnelles, comme L’Apocalypse de Saint Jean (1958-1960), un livre unique pesant 210 kg, orné de parchemins calligraphiés et de contributions de sept peintres et écrivains.
Le moulin traverse des difficultés avant d’être relancé en 1997 par Emmanuel Kerbourc’h, petit-fils de Péraudeau. En 2020, la SARL Moulins à papier du Val de Lagat obtient le label Entreprise du patrimoine vivant, soulignant la perpétuation d’un savoir-faire artisanal rare. Le site, vendu en 2022 et racheté en 2024 par Pascal Toupin, reste un lieu de production de papier haut de gamme, utilisé pour des projets patrimoniaux (Constitution de la Ve République, diplômes des prix Nobel) ou artistiques, tout en offrant des visites pour découvrir les techniques traditionnelles.
Les éléments protégés depuis 1983 incluent les façades, toitures, salles de machinerie, séchoir et grange, témoignant d’un patrimoine industriel et architectural préservé. Le moulin incarne à la fois un héritage technique, une résistance culturelle pendant la guerre, et un lien continu entre artisanat et création contemporaine, grâce à des partenariats avec des artistes et écrivains du XXe siècle.