Origine et histoire
Le musée-bibliothèque de Grenoble est un édifice culturel du 3e quart du XIXe siècle, construit place de Verdun entre 1864 et 1872. Conçu par l’architecte parisien Charles-Auguste Questel, il a été inauguré en 1870 pour le musée et en 1872 pour la bibliothèque. Le projet, lancé après une promesse de subvention de Napoléon III en 1860, visait à regrouper les collections dispersées du musée (fondé en 1798) et de la bibliothèque (créée en 1772), auparavant logées dans l’ancien collège des Jésuites. Le chantier, marqué par des retards et des malfaçons, a coûté près de 1,7 million de francs, financé par l’État, la ville et des donateurs.
L’architecture du bâtiment, inspirée des modèles classiques, combine une façade ornée de colonnes corinthiennes, de sculptures allégoriques (représentant les arts, les sciences et l’histoire) et de médaillons d’hommes illustres comme Descartes ou Montesquieu. À l’intérieur, la grande salle de la bibliothèque, haute de 12 mètres, était dotée de galeries et de peintures monumentales, tandis que les salles du musée exposaient des œuvres issues des conquêtes napoléoniennes. Le vestibule, décoré de marbres et de fresques pompéiennes, servait d’entrée commune aux deux institutions.
Le musée-bibliothèque a abrité ses collections jusqu’en 1970 (bibliothèque) et 1992 (musée), date à laquelle les œuvres ont été transférées vers de nouveaux sites. Depuis, le bâtiment accueille des expositions temporaires, comme le Grenoble Street Art Fest ou le Mois de la Photo, ainsi que des événements municipaux. En 1992, il a été inscrit aux Monuments Historiques pour son patrimoine architectural et culturel. Aujourd’hui, une partie du site héberge La Plateforme, un espace dédié à l’urbanisme et au dialogue citoyen.
Les défis structurels du bâtiment, comme les fissures apparues en 1929 liées à l’affaissement des pieux de fondation, ont nécessité des campagnes de consolidation jusqu’en 1946. Malgré ces aléas, le musée-bibliothèque reste un symbole de la vie culturelle grenobloise, mêlant héritage historique et dynamisme contemporain. Son histoire reflète aussi les tensions entre conservation patrimoniale et adaptation aux besoins modernes, comme en témoignent ses usages actuels variés.
Parmi les figures marquantes liées au monument, Eugène Gaillard (maire et banquier) a porté le projet, tandis que des donateurs comme le colonel Léon de Beylié ou le comte Louis de Saint-Ferriol ont enrichi les collections. L’édifice a aussi inspiré d’autres constructions similaires, comme le musée-bibliothèque de Rouen. Aujourd’hui, il incarne à la fois un passé prestigieux et une vocation toujours renouvelée au service de la culture et du débat public.