Origine et histoire du Musée Condé
Le château de Chantilly, situé dans l’Oise en région Hauts-de-France, trouve ses origines au XIe siècle comme forteresse médiévale contrôlant la vallée de la Nonette. Acquis par les Bouteiller de Senlis, puis par les Orgemont au XIVe siècle, il est reconstruit en 1386 après les pillages des Jacques. Au XVIe siècle, le connétable Anne de Montmorency, figure majeure de la Renaissance française, modernise le site en y ajoutant le Petit Château (1551), conçu par l’architecte Jean Bullant, et trace les premiers jardins. Ce bâtiment, unique vestige Renaissance aujourd’hui, symbolise l’alliance entre fonction militaire et résidentielle.
Passé aux Montmorency, puis aux Bourbon-Condé au XVIIe siècle, Chantilly devient un foyer culturel sous Le Grand Condé (Louis II de Bourbon). Ce dernier, éloigné de Versailles après la Fronde, y invite artistes et écrivains comme La Fontaine, Bossuet ou Molière, qui y crée Les Précieuses ridicules (1659). André Le Nôtre, avant ses travaux à Versailles, y dessine en 1671 le Grand Canal (2,5 km) et les parterres à la française, tandis que Jules Hardouin-Mansart réaménage les châteaux. La cour des Condé, rivale de celle de Louis XIV, brille par ses fêtes et sa gastronomie, légendairement associée à Vatel.
Au XVIIIe siècle, les princes de Condé transforment le domaine : Louis IV Henri fait construire les Grandes Écuries (1719-1740) par Jean Aubert, un palais dédié aux chevaux de chasse, et un jardin anglo-chinois (1772) avec un hameau d’agrément précurseur de celui de Marie-Antoinette. La Révolution française marque un tournant dramatique : le château est pillé, le Grand Château détruit (1799), et le parc morcelé. Seuls le Petit Château et les Écuries, occupées par l’armée, échappent à la démolition.
Au XIXe siècle, Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897), dernier héritier des Condé, reconstruit le Grand Château (1876-1882) sur les fondations médiévales selon les plans d’Honoré Daumet. Collectionneur passionné, il y installe ses trésors : 800 peintures (Raphaël, Poussin, Ingres), 2 500 dessins, 1 500 manuscrits et 30 000 livres anciens, dont des incunables. À sa mort, il lègue l’ensemble à l’Institut de France sous le nom de musée Condé, avec une clause testamentaire interdisant tout prêt des œuvres et toute modification muséographique, figant l’accrochage dans son état d’origine.
Le domaine, classé Monument Historique en 1988, comprend aussi les Grandes Écuries (abritant aujourd’hui le musée vivant du Cheval), les jardins de Le Nôtre, et la Maison de Sylvie, pavillon du XVIIe siècle lié au poète Théophile de Viau. En 2013, les Écuries sont restaurées grâce à un mécénat de Karim Aga Khan IV. Le château, qui attire plus de 500 000 visiteurs annuels, reste un témoignage unique de l’art de vivre princier, alliant patrimoine architectural, paysager et artistique.
En 2022, un incendie endommage partiellement les sous-sols du château, rappelant la vulnérabilité de ce joyau historique. Le musée Condé, avec sa muséographie inchangée depuis 1897, offre une plongée dans le XIXe siècle, tandis que les événements comme Chantilly Arts & Élegance ou les Nuits de Feu (1991-2011) perpétuent son rayonnement culturel. Le domaine, géré par la Fondation pour la Sauvegarde de Chantilly, incarne la synthèse entre histoire nationale, art et tradition équestre.