Origine et histoire du Musée Crozatier
Le musée Crozatier trouve ses origines en 1820, lorsque le vicomte François-Gabriel de Becdelièvre fonde un établissement pluridisciplinaire au Puy-en-Velay, avec pour ambition de « donner le goût des arts et des sciences » aux jeunes citoyens. Dès sa création, les collections couvrent des domaines variés : peintures, archéologie, sciences naturelles, et objets liés à l’histoire locale. Ce projet pédagogique et encyclopédique reflète les idéaux culturels de l’époque, mêlant héritage scientifique et artistique.
En 1850, un premier bâtiment est érigé dans le jardin du Fer-à-cheval pour abriter les collections. 1868 marque un tournant avec le legs du fondeur d’art Charles Crozatier (1795–1855), originaire du Puy, permettant de doubler la surface d’exposition. Le musée prend alors son nom actuel. L’architecture néo-classique, conçue par Antoine Martin, symbolise cette période de développement, tandis que les collections s’enrichissent d’objets religieux (pèlerinage de la Vierge Noire), d’arts décoratifs, et de spécimens naturels.
Après la Seconde Guerre mondiale (1950), le musée subit une modernisation, mais c’est entre 2007 et 2018 qu’il connaît une transformation majeure. Un projet de rénovation, porté par les architectes Emmanuelle Beaudouin, Laurent Beaudouin et Aurélie Husson, intègre un nouveau volume en verre translucide, dialoguant avec le bâtiment historique. Ce chantier, soutenu par l’État et la région Auvergne-Rhône-Alpes, préserve l’escalier monumental et les façades néo-classiques, tout en créant des espaces lumineux ouverts sur le parc Henri Vinay. La réouverture en 2018 révèle un musée où ancien et contemporain coexistent, mettant en valeur des collections allant de la préhistoire aux sciences industrielles.
Les collections du musée Crozatier se distinguent par leur caractère encyclopédique, avec des sections dédiées à l’archéologie (gallo-romaine, égyptienne), aux beaux-arts (peintures, sculptures), à l’ethnologie (costumes, outils traditionnels), et aux sciences (botanique, paléontologie). Parmi les pièces remarquables figurent un praxinoscope d’Émile Reynaud, des armes de la Renaissance, ou des moulages liés au siège de Sébastopol. L’institution conserve également un fonds ancien d’imprimés et des objets liés au pèlerinage marial du Puy, soulignant son ancrage local.
L’architecture actuelle illustre une dualité entre patrimoine et innovation. Le bâtiment du XIXe siècle, conservé côté parc, contraste avec l’extension contemporaine en verre, dont la double peau filtre la lumière naturelle. Les circulations intérieures offrent des vues sur le jardin, tandis que des puits de lumière zénithaux éclairent les salles d’exposition. Ce dialogue entre les époques répond à la volonté initiale du musée : être un lieu de transmission, « une étincelle pour faire éclore des talents », comme l’écrivait son fondateur en 1820.