Origine et histoire du Musée de Horreum Romain
L’Horreum est un monument romain situé à Narbonne, en cœur de ville, à proximité du Palais des archevêques. Classé Monument historique en 1960 et 1961, il se compose de galeries souterraines datant de la deuxième moitié du Ier siècle av. J.-C. Ces galeries, ouvertes au public depuis 1976, formaient l’étage inférieur d’un bâtiment antique aujourd’hui disparu, dont la fonction exacte reste inconnue. Elles sont organisées en trois ailes principales (ouest, sud et nord) et font partie d’un complexe muséal depuis 1997, géré par l’EPCC Narbo Via depuis 2020.
Les premières explorations des galeries remontent au XVIIIe siècle, lorsque l’érudit G.-A. Lafont les confond avec un amphithéâtre romain. Entre 1838 et 1842, la Commission archéologique de Narbonne découvre un pavement en opus spicatum. De 1930 à 1943, l’abbé Signal mène des fouilles, interrompues en 1943 pour aménager les galeries en abri pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1945, un sondage sous la rue Rouget-de-Lisle révèle le prolongement de l’aile sud, et le terme horreum (entrepôt) est adopté. Classées en 1961, les galeries sont aménagées pour le public en 1976 après des fouilles complémentaires menées par Yves Solier, qui y découvre des monnaies antiques.
Les galeries souterraines, d’une superficie estimée à 200 m2, présentent des voûtes en moyenne à 2,30 m de hauteur. Leurs murs, construits en opus incertum (appareil irrégulier) et partiellement en opus reticulatum, supportaient probablement un bâtiment à étages. Les sols, composés de terre argileuse, de chaux et de graviers, incluent un pavement en opus spicatum près d’une cage d’escalier. Sans puits ni soupiraux, les galeries étaient éclairées par des lampes à huile, dont des fragments ont été retrouvés. Leur plan en « U », avec un couloir central et des pièces latérales, évoque les fondations des villas patriciennes ou des complexes monumentaux romains, comme ceux d’Otricoli ou de Tivoli en Italie.
La fonction originelle des galeries reste débattue. Elles pourraient avoir servi de vide sanitaire pour un édifice public tel qu’un marché (macellum) ou un entrepôt (horreum), hypothèse étayée par leur proximité avec le forum et l’axe principal de la cité romaine. Sidoine Apollinaire, au Ve siècle, mentionne l’existence de tels bâtiments à Narbonne. Les réaménagements observés durant l’Antiquité tardive, comme l’utilisation de briques plates à l’angle des ailes ouest et sud, attestent d’une fréquentation continue pendant toute la période romaine.
Les galeries ont subi des altérations médiévales, avec l’aménagement de deux caves perturbant leur plan originel. Leur exploration archéologique a révélé des graffiti antiques, principalement dans la partie nord. Malgré leur état partiel (l’aile sud étant en partie effondrée), elles offrent un témoignage rare de l’architecture romaine en Gaule narbonnaise. Leur gestion actuelle par Narbo Via s’inscrit dans une démarche de valorisation du patrimoine antique de Narbonne, aux côtés du musée Narbo Via et du site d’Amphoralis.
Les sources historiques, comme les travaux de Louis Sigal (1954) et d’Yves Solier (1973), soulignent l’importance de l’Horreum pour comprendre les techniques de construction romaines et l’urbanisme de Narbo Martius, capitale de la province romaine de Narbonnaise. Son classement parmi les Monuments historiques et son intégration dans un parcours muséal en font un site clé pour l’étude de l’Antiquité dans le sud de la France.