Origine et histoire du Musée
Le musée de l'Homme trouve ses origines dans le musée d'Ethnographie du Trocadéro, fondé en 1882 par Ernest Hamy dans l’ancien palais du Trocadéro, construit pour l’Exposition universelle de 1878. Ses premières collections proviennent notamment d’un don de l’explorateur Alphonse Pinart, incluant environ 3 000 objets des Amériques et 250 d’Océanie. Ce musée héritait aussi des cabinets de curiosités royaux et des missions scientifiques du XIXe siècle, enrichis par des expéditions parfois controversées, comme la mission Dakar-Djibouti (1931), accusée de pillage du patrimoine africain. À la veille de sa démolition en 1935, le musée souffrait d’une image désuète, concurrencé par les nouveaux médias et d’autres institutions comme le musée Guimet.
Le musée de l’Homme actuel est créé en 1937 par Paul Rivet pour l’Exposition universelle, dans l’aile Passy du palais de Chaillot (16e arrondissement). Il fusionne les collections du musée d’Ethnographie, celles d’anthropologie physique et de Préhistoire du Muséum national d’histoire naturelle, ainsi que l’Institut d’ethnologie de l’université de Paris. Ce projet innovant associe musée, laboratoire de recherche, bibliothèque (modernisée par Yvonne Oddon) et centre d’enseignement, sous la tutelle des ministères de l’Éducation et de l’Écologie. Dès 1940, le musée devient un foyer de la Résistance avec le réseau du musée de l’Homme, fondé par Boris Vildé, Anatole Lewitsky et Yvonne Oddon, qui organise des filières d’évasion et publie une revue clandestine. Plusieurs membres, dont Vildé et Lewitsky, seront fusillés au Mont-Valérien en 1942.
En 2009, le président Jacques Chirac transfère les collections ethnographiques vers le musée du Quai Branly et le MuCEM (Marseille), ne laissant au musée de l’Homme que ses départements de Préhistoire et d’anthropologie. Après une rénovation de 96,6 millions d’euros (2009–2015), le musée rouvre en 2015 avec un parcours interactif en trois axes : « Qui sommes-nous ? », « D’où venons-nous ? » et « Où allons-nous ? ». Il conserve des pièces majeures comme les fossiles de Cro-Magnon ou de l’Homme de Néandertal, et reste un musée-laboratoire actif, abritant deux unités mixtes du CNRS et une bibliothèque spécialisée. Son rôle militant, hérité de Paul Rivet, se manifeste par des expositions engagées sur des enjeux contemporains (racisme, écologie, immigration).
Le musée est aussi marqué par des polémiques sur la restitution d’œuvres, comme les trois crânes sakalava promis à Madagascar en 2025. Son architecture, signée Brochet-Lajus-Pueyo (2006), intègre les structures des palais des Expositions universelles de 1878 et 1937, avec un atrium éclairé par une verrière zénithale. Aujourd’hui, il se distingue des autres musées français (Quai Branly, MuCEM) par son approche pluridisciplinaire, mêlant sciences naturelles et humaines pour explorer l’histoire naturelle et culturelle de l’humanité.
Parmi ses figures emblématiques, on compte des explorateurs comme Alphonse Pinart, des anthropologues comme Claude Lévi-Strauss (directeur par intérim en 1949–1950), ou des résistants comme Yvonne Oddon. Le musée a aussi inspiré des œuvres cinématographiques, comme L’Homme de Rio (1964) ou la série Résistance (2014). Ses collections, parmi les plus riches au monde (700 000 pièces préhistoriques, 30 000 anthropologiques), en font un lieu unique pour comprendre l’évolution humaine et ses défis futurs.