Origine et histoire de l'Horloge astronomique
L’horloge astronomique de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, classée monument historique depuis 1987, est un joyau de la Renaissance. Considérée comme l’une des sept merveilles de l’Allemagne à son époque, elle incarne l’alliance entre science, art et mécanique. Son mécanisme complexe, encore opérationnel, en fait un témoignage exceptionnel du génie horloger européen.
La première horloge, dite des Trois Rois (1352–1354), présentait un défilé des mages devant la Sainte Famille. Usée au XVIe siècle, elle ne subsiste plus qu’à travers quelques vestiges, comme un coq-automate en bois (vers 1350), le plus ancien automate occidental conservé. Ce coq, aujourd’hui exposé au Musée des arts décoratifs de Strasbourg, symbolise la transition entre le Moyen Âge et la Renaissance dans l’art horloger.
Entre 1547 et 1574, une deuxième horloge fut conçue par une équipe dirigée par le mathématicien Conrad Dasypodius, reprenant le projet inachevé de Christian Herlin. Collaborant avec les frères horlogers Habrecht et le peintre Tobias Stimmer, Dasypodius intégra des innovations comme un calendrier perpétuel et des panneaux prédisant les éclipses. Remarquablement, le portrait de Copernic y figurait déjà, prouvant l’ouverture d’esprit des concepteurs. Cette horloge, arrêtée avant la Révolution, fut restaurée au XIXe siècle.
De 1838 à 1843, Jean-Baptiste Schwilgué, autodidacte alsacien, transforma radicalement l’horloge en modernisant ses mécanismes tout en conservant le buffet du XVIe siècle. Il introduisit des engrenages épicycloïdes pour réduire la friction et ajusta le comput ecclésiastique au calendrier grégorien, une première mécanique. Schwilgué ajouta aussi le défilé des Apôtres, absent des versions précédentes, et perfectionna la représentation de la précession des équinoxes.
Les automates de l’horloge, déclenchés aux quarts d’heure, captivent les visiteurs. Un ange sonne la cloche, un sablier se retourne, et quatre figures symbolisant les âges de la vie défilent devant la Mort. À midi, les douze Apôtres passent devant le Christ, accompagnés par un coq chantant, héritage des premières horloges. Ces mécanismes, combinés à des cadrans indiquant les phases lunaires, les signes zodiaques et les positions planétaires, font de cette horloge une prouesse à la fois scientifique et artistique.
Propriété de l’État depuis le XIXe siècle, l’horloge est gérée par la fabrique de la cathédrale, bien que son entretien ait été historiquement assuré par des horlogers locaux, comme la famille Ungerer (1858–1989) puis les Faullimmel (depuis 1989). Un comité d’experts, incluant historiens, astronomes et horlogers, supervise aujourd’hui sa conservation. Son mécanisme, toujours remonté manuellement, reste un symbole vivant du patrimoine strasbourgeois.