Origine et histoire du Musée de la chimie
Le musée de la chimie, situé à Jarrie en Isère, est un espace dédié à l’histoire et aux techniques de la chimie, un secteur industriel majeur pour la région grenobloise. Installé dans le bâtiment abritant aussi la mairie, il occupe l’ancienne propriété de la famille Jouvin, entourée du parc du Clos Jouvin, conçu vers 1880 par l’architecte paysagiste Gabriel Luizet. Ce parc, aujourd’hui classé, ajoute une dimension patrimoniale au lieu, mêlant histoire industrielle et héritage architectural.
L’industrie chimique locale s’est développée dès 1915 pour répondre aux besoins militaires de la Première Guerre mondiale, notamment la production de chlore face aux gaz de combat allemands. Après 1918, cette industrie s’est diversifiée vers des applications civiles, comme les matériaux innovants, les produits d’hygiène et de santé, sous l’appellation de « chlore utile ». Les décennies suivantes ont vu l’essor des plates-formes chimiques, notamment à Pont-de-Claix et Jarrie, alimentées par les mines de sel gemme d’Hauterives et les saumoducs. Ce pôle a prospéré jusqu’au choc pétrolier de 1973, marquant le début de son déclin.
Le musée a été fondé en 1987 grâce à l’Association des amis du musée de la chimie, créée en 1982 par d’anciens salariés de l’usine Péchiney Ugine Kuhlmann, le maire de Jarrie Roger Bayle, et René Romano. Initialement installé dans les caves de la demeure Jouvin, il a été municipalisé en 2007 pour pérenniser ses collections. Après une rénovation majeure en 2014, il a rouvert avec un parcours modernisé, incluant des démonstrations interactives et des expositions temporaires, comme Quand la chimie nous éclaire (2021-2023), explorant les liens entre chimie et éclairage.
Le musée abrite des objets scientifiques remarquables, tels que des échantillons de borures métalliques créés en 1929 par le professeur Lucien Andrieux, futur directeur de l’Institut d’électrochimie de Grenoble. Ses expositions permanentes retracent l’évolution de la chimie de l’Antiquité au XXIe siècle, avec un focus sur les applications locales, comme la fabrication de pierres synthétiques ou l’utilisation du chlore dans l’industrie nucléaire. Des ateliers pédagogiques, animés par des intervenants comme Karine Godot de Sciences et Malice, complètent l’offre pour les jeunes publics.
Bien que actuellement fermé pour une durée indéterminée, le musée reste un témoignage clé de l’héritage industriel de la région. Son parcours met en lumière des innovations majeures, comme les piles à combustible ou les polymères, tout en questionnant les enjeux contemporains, tels que la transition énergétique ou l’impact écologique des technologies chimiques. Les collections et les activités de médiation scientifique en font un lieu unique de transmission entre passé industriel et défis futurs.